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39% : le taux de salariés de moins de trente ans souffrant au travail pour cause d’hyperconnexion.

39%, c’est le pourcentage de salariés âgés de moins de 30 ans déclarant souffrir de la place que prend le travail dans leur vie. C’est une étude GFK, menée auprès de 30 000 salariés dans 29 pays européens, qui fait le lien entre mal-être et digitalisation des postes de travail. Une société hyperconnectée dans laquelle l’évolution du stress au travail suit celle des nouvelles technologies. Comment ne pas se noyer dans l’hyperconnexion ?

Débordement de sollicitations

Les postes de travail se digitalisent, l’ère de l’écran offre un accès presque infini à l’information, mais aussi aux sollicitations ininterrompues. Les mails, les notifications, les réseaux sociaux, les appels et le travail en open space deviennent la norme. Chaque jour, 150 milliards de mails sont échangés à travers le monde. Selon le docteur en neurosciences, Gaëtan Lavillon, ces inventions impactent la santé des travailleurs. Dans 50% des cas observés, le changement de tâche du collaborateur n’émane pourtant pas d’une sollicitation externe du type notification numérique, mais de son propre chef. Ce comportement s’explique par un sujet précédemment abordé dans l’EcoGuide IT : la FOMO (Fear of Missing Out), ou la peur de manquer quelque chose. Les professions tertiaires, les postes de cadres et de managers sont particulièrement concernés. La conscience que le flux d’informations est incessant, pousse à être constamment connecté afin de ne rien manquer. La peur réside dans l’idée de passer à côté d’une information capitale qui fera la différence dans le milieu professionnel.

Les sollicitations continuelles du numérique empêchent le cerveau de se reposer. Jadis, les limites du travail étaient propres à notre corps, il fallait observer des pauses pour détendre nos muscles. Le cerveau ne souffre pas de la même manière que le corps, les signaux d’alarme sont autres. Repérer ces derniers est essentiel pour que le « réseau par défaut » de notre cerveau puisse s’activer quotidiennement. Ce réseau fonctionne lorsque nous sommes pensifs, que notre attention est diffuse. Cela arrive quand nous empruntons une route familière par exemple. Il permet un travail de synthèse de la mémoire, il est important pour notre bien-être et notre insertion dans la société. La nécessité de ne pas être constamment en position de répondant à une demande est essentielle pour laisser notre esprit se ressourcer. Exercice difficile puisque les sollicitations numériques activent le circuit de la récompense, la mémoire de ce qui nous fait plaisir et la nouveauté. L’information c’est de la nouveauté, qui plait à notre cerveau, c’est pourquoi il est difficile de ne pas vérifier ses mails, mais aussi les réseaux sociaux, toutes les 10 minutes. Sans parler d’addiction, il s’agit de comportements excessifs jusqu’ici valorisés dans la sphère professionnelle.

Crédit photo : Be brain fit

Le multitâches n’existe pas

Le culte de l’urgence observé dans les entreprises pousse les salariés à traiter un flux d’informations permanent le plus rapidement possible. Le multitasking, ou multitâches, qui en découle est perçu comme une qualité par les employeurs. En réalité, l’impression d’efficacité du mode multitâches est illusoire. Écrire un mail tout en conversant au téléphone est impossible pour notre cerveau puisque ces deux actions font appel au même réseau neuronal, le cerveau alterne alors entre les deux tâches. Lorsque vous écrirez vos lignes, vous manquerez inévitablement ce que vous dit votre interlocuteur et réciproquement. Ceci engendre du stress et une charge cognitive.

Le concept de charge cognitive existe depuis les années 1930 et l’automatisation des usines. Bien que difficilement identifiables, les conséquences sont importantes. La fatigue et le manque de concentration en sont les premiers symptômes. La durée moyenne d’attention d’un travailleur était de 3 minutes en 2004, en l’espace de 8 ans elle a chuté à 1 minute 15 secondes. Si le mail est le principal responsable du stress au bureau, les comportements excessifs promus par le monde du travail s’avèrent nuisibles à la productivité de l’entreprise. Un travailleur en surcharge cognitive ne travaillera pas efficacement, aura tendance à s’éparpiller et s’exposera au burn-out. Le terme de burn-out est d’ailleurs apparu en même temps que l’essor des nouvelles technologies, sa croissance suivant leur développement. En France et en Allemagne, 12% des travailleurs présentent un risque élevé de burn-out et chaque année, entre 2 500 et 3 500 décès en France sont liés au stress au travail. Une souffrance cognitive aux conséquences réelles, que l’on peut éviter.

Un usage raisonné et sain du numérique

Nos comportements sont difficiles à contrôler. Les recherches se tournent vers la création d’outils numériques s’adaptant à la disponibilité du cerveau de l’utilisateur et sa capacité à supporter la quantité d’informations envoyées. L’objectif étant de calibrer le contenu selon la charge mentale du receveur. Une note de synthèse pour un cerveau fatigué, à l’inverse, un dossier détaillé pour un cerveau disponible. D’autres idées encouragent la déconnexion en utilisant la robotique.

Le constructeur japonais TDK a récemment présenté un robot aux allures de bonsaï lors du salon CEATEC de Tokyo. L’idée développée à travers Bons.AI allie nature et intelligence artificielle. L’arbuste répond aux questions de son interlocuteur par des citations tirées de la littérature japonaise ou de la philosophie européenne, pour retrouver calme et sérénité tout en se déconnectant. D’autres actions plus holistiques se mettent en place. Se déconnecter est une question de volonté et d’apprentissage. Le programme scolaire ATOL éduque les plus jeunes dans l’optique de les rendre résistants aux tentations du numérique en travaillant leur attention. Ces ateliers d’apprentissage dispensés en milieu scolaire sont déduits des neurosciences et ont pour vocation de préparer les jeunes générations au monde numérique pour qu’ils adoptent des relations saines avec les divers outils que ce dernier met à leur disposition.

Le numérique n’en finit pas de soulever enjeux et risques sociétaux et environnementaux. De la fabrication des équipements à leur fin de vie, les problématiques à résoudre sont nombreuses. L’hyperconnexion poussée par le monde professionnel, voit une multiplication des cas de mal-être dû à ces modes de fonctionnement. Espérons que la donne changera rapidement ! Mieux vaut un collaborateur disponible et efficace respectant ses temps de pauses numérique et salariale, plutôt qu’un collaborateur constamment connecté et au bord de la crise de nerf. Déconnecter est plus simple qu’on ne le pense, 5 gestes peuvent suffirent !

Crédit photo : Dynamic mag

Juliette Bernier

Crédit photo de couverture : Cerveau & psycho