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Approvisionnement en métaux rares, des alternatives à l’extraction ?

La prise de conscience des impacts environnementaux et sociaux de la fabrication d’équipements informatiques est bien réelle. Concernant l’approvisionnement en métaux rares, ressources vitales aux hardwares et à leur fabrication aux antipodes du durable, quelles alternatives concrètes existe-t-il ? Focus.

Des enjeux du Numérique responsable, l’approvisionnement en métaux rares constitue un des thèmes primordiaux. En effet, traiter de la durabilité des équipements informatiques et de la nécessité d’allonger au mieux leur durée de vie, provient du fait que la fabrication reste la phase de cycle de vie la plus impactante d’un PC fixe, smartphone, ou encore d’une tablette.

80% des émissions de Gaz à Effet de Serre émis tout au long du cycle de vie d’un iPhone 8 (64Go) proviennent de la phase de fabrication. Source : Apple

Nous avions d’ailleurs traité de ce sujet et de la position de Philippe Bihouix, ingénieur centralien et auteur de « L’âge des low-tech », lors d’un précédent retour d’expérience. Pour rappel, P. Bihouix met en avant l’emploi effréné de métaux rares dans les équipements high-tech de tout bord : nanotechnologies, IT, stockage d’énergie (batteries) ou encore les énergies renouvelables, rendant peu soutenable leur extraction et peu crédible leur disponibilité dans le temps. C’est d’ailleurs une multiplication par 10 d’ici à 2050 qui est attendue pour la demande de ce type de métaux (manganèse, cobalt et lithium par exemple).

En effet, l’extraction de ces métaux rares nécessaires à la fabrication de nos équipements informatiques entraînent des impacts environnementaux et sociaux non négligeables. Concernant l’aspect social, la présence des mines dans des zones de conflits et leur gestion par des groupements armés, engendre un financement de ces derniers, eux-mêmes responsables du travail forcé des mineurs sur ces sites d’extraction. En parallèle, tandis que l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) rappelle le devoir de diligence en faveur de chaînes d’approvisionnement responsables en métaux rares, Donald Trump, l’actuel Président des Etats-Unis, souhaite mettre un terme au Dodd-Franck Act adoptée en 2010 suite à la crise des subprimes. Cette loi de régulation financière comporte la section 1502, contraignant les entreprises cotées aux Etats-Unis à rendre compte à la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme américain de régulation des marchés financiers, des produits miniers achetés en République Démocratique du Congo et dans ses pays voisins, où sont principalement extraits les minerais de conflits. Cette volonté de Donald Trump suscite, cependant, des contre-réactions de la part d’entreprises américaines telles qu’Apple, HP ou encore Microsoft, qui ne désirent pas revenir en arrière et ont donc fait part de leur souhait de continuer à respecter la loi, qu’elle soit maintenue ou abrogée.

Crédit photo : Turner
Signée en 2010 par Obama, la Dodd-Franck Act vise principalement à réguler les marchés financiers et limiter ainsi la répétition d’une crise des subprimes. L’actuel Président, Donald Trump, entend toutefois revenir sur ce texte.

Quant aux aspects environnementaux, loin de tous remous réglementaires, le recyclage semble rester un sujet d’actualité, bien qu’il soit encore imparfait de nos jours comme l’a rappelé Philippe Bihouix dans notre retour d’expérience précité. Du recyclage d’équipements informatiques pour la confection des médailles olympiques des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, jusqu’à la récupération de métaux dans les déchets industriels ou encore la limitation de l’impact environnemental du recyclage de ce type d’équipements grâce à des process innovants, la découverte de nouvelles solutions reste un sujet prisé par la Recherche.

Cependant, pour résoudre ces questions environnementales et sociales, la réouverture des mines en France ou dans d’autres pays importateurs de métaux rares ne semblerait-elle pas une option ? En effet, afin de gérer au mieux l’approvisionnement en métaux présents dans nos sous-sols, tels que l’or ou l’étain pour la France, et les impacts qu’elle induit, créer des « mines responsables » serait peut-être une solution. Toutefois, ce terme employé dans le cadre de la Stratégie Nationale pour la Transition Écologique et le Développement Durable (SNTEDD), adoptée en 2015 et qui court jusqu’en 2020, se heurte à une étude de l’Organisation Non-Gouvernementale (ONG) Les Amis de la Terre, qui met en avant le caractère bénéfique limité d’une telle option au vue de la création d’emploi qui ne serait que de 500 postes, contre 10 000 pour la filière du recyclage et du réemploi si le taux de collecte, de 43% en 2015, était multiplié par deux.

Ainsi, l’approvisionnement en métaux rares, permettant à nos modes de vie de devenir plus en plus digitalisés, n’aura de cesse de prendre du volume dans les années, voire décennies, à venir. Face aux enjeux écologiques dont fait l’objet l’extraction de ce type de ressources critiques, il n’est pas inutile de chercher des hypothèses plausibles permettant de mieux contrôler et surtout, d’endosser la responsabilité environnementale de l’extraction de ces matières.

Cependant, quel que soit les solutions qui se concrétiseront à l’avenir, les enjeux économiques et géopolitiques actuels risquent fort bien de limiter la possible « révolution écologique » de l’extraction de métaux rares, l’exemple des terres rares en est l’exemple le plus parlant. Le recyclage paraît donc une solution toute nommée !

Aymeric De Wispelaere

Crédit photo : Human Rights