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Aux antipodes de l’IT For Green, l’obsolescence programmée

Suite à la première plainte déposée en France pour délit d’obsolescence programmée contre l’entreprise Epson, la presse s’est emparée du sujet. Ce phénomène sociétal concerne toutes les catégories socio professionnelles et tous les secteurs économiques desquels l’IT semble être l’emblème. Mais s’agit-il seulement de la mort planifiée des équipements ou cela émane-t-il d’un modèle culturel ? Notre équipe Ecoguide IT vous propose de se pencher sur ce thème et d’enquêter sur les potentielles solutions pour faire durer vos objets.

L’obsolescence programmée se définit comme étant l’ensemble des techniques visant à réduire délibérément la durée de vie ou d’utilisation d’un produit afin d’en augmenter le taux de remplacement. Elle peut être technologique, technique, logicielle ou encore esthétique. Selon la philosophe Jeanne Guien, l’obsolescence programmée est un fait, elle fut théorisée au début du XXème siècle dans le domaine de l’immobilier aux Etats-Unis sous le nom de « Planned obsolescence ». Dans les années 1960, les économistes y voient une solution afin de soutenir la croissance économique grâce à une consommation constante et pérenne, promue par la publicité et la production régulière de nouveaux objets. Il s’agirait d’une obligation d’achat déguisée en liberté de choix.

Ce phénomène s’inscrit dans une démarche culturelle de société, mais ce qui était jadis un modèle économique synonyme de croissance, se révèle aujourd’hui pousser à la surconsommation et à l’origine de nombreux maux sociétaux et environnementaux. L’obsolescence programmée est source de paupérisation et d’aliénation, poussant au matérialisme les plus aisés et à l’obligation d’achats de mauvaise qualité pour les plus pauvres. Un constat palpable que le marché du smartphone illustre trop bien.

En effet, les français changeraient de téléphones portables tous les 18 mois, et la moyenne à Paris s’abaisserait à 9 mois. Un fait ayant des conséquences désastreuses en termes de production de déchets, d’extraction de ressources rares et de rejet de gaz à effet de serre. Bien que le législateur français se soit emparé du sujet et que l’obsolescence programmée soit désormais reconnue comme un délit, la preuve qu’un objet a effectivement était produit de manière à cesser de fonctionner à un moment T resterait compliquée à démontrer. C’est la déclaration de l’avocate Christiane Féral-Schuhl en écho à la plainte portée par l’association Halte à l’Obsolescence Programmée contre l’entreprise Epson, visant à dénoncer la fin de vie des imprimantes estimée comme frauduleuse du fait d’informations erronées communiquées au consommateur.

Les fabricants de tous les domaines sont pointés du doigt, mais le phénomène d’obsolescence est aussi culturel. Un objet ou un vêtement est rapidement démodé, la nouveauté alliée à la performance et à l’esthétique prévaut sur la durabilité. Une société du tout jetable, dépeinte par Laetitia Vasseur, qui a supplanté les valeurs d’épargne et de sobriété qui prévalaient il y a de cela une soixantaine d’années. Un modèle qui n’est pas soutenable car les déchets ne disparaissent pas et très peu sont réutilisés, or les européens en produisent 32% de plus comparé à 2012. Au-delà de détruire l’environnement, ce mode de consommation favorise l’esclavagisme, la paupérisation, l’aliénation. Depuis début août, toutes les ressources renouvelables de la planète ont été utilisées, nous vivons à crédit sur l’environnement, et cette faillite environnementale ne pourra pas se résoudre à coups d’injection de milliards de dollars par la Banque Centrale. Sortir du modèle consumériste instauré depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale est dorénavant essentiel, si l’on ne veut pas voir se démultiplier les catastrophes naturelles et humaines. Tous les acteurs sociétaux ont leur rôle à jouer, allant de la publicité au citoyen en passant par le législateur. Les derniers smartphones sont-ils vraiment plus performants, sont-ils conçus de façon plus respectueuse des hommes et de l’environnement, in fine, en a-t-on besoin ou est-ce l’envie que la publicité à suscité qui pousse à l’achat ? Sorti du feu des projecteurs, des paillettes, démaquillé et sans smoking taillé sur mesure, quel est le vrai visage de son smartphone ?

crédit photo : BenHeine

Mais l’obsolescence culturelle connaît ses limites et des marchés se développent permettant de donner une seconde vie aux objets fonctionnant encore. Avant l’obsolescence technique, c’est le modèle sociétal qui pousse à jeter des objets qui ne sont pas défaillants, 88% de ceux mis en rebut sont toujours utilisables. C’est pourquoi les sites de revente connaissent un essor fulgurant dont la croissance suit les sorties des nouveautés. D’ailleurs? ces derniers considèrent les sorties des nouveaux iPhones comme des événements à l’origine de futures hausses du marché de l’occasion. Une belle aubaine pour ce marché secondaire, qui répond à la forme d’obsolescence psychologique. Des solutions pour éviter de jeter se développent, pléthores de sites de revente dont certains vont plus loin comme Smartcycle, en proposant de faire don des objets. Des solutions pour remédier à la société du tout jetable trop vite, mais qu’en est-il des objets présentant des défaillances techniques avérées ? Le législateur et les associations de consommateurs agissent sur les lois, mais les solutions factuelles se développent au niveau de la citoyenneté. Les repairs cafés se multiplient en ville, visant à promouvoir entre aide et partage de connaissances, à la fois lieux de socialisation et de dépannage. L’entreprise iFixit propose des guides de réparation gratuits, mais aussi des trousses à outils afin de rendre possible ladite réparation. Des réponses à l’obsolescence technique des objets, mais aussi logicielle. Il s’avère que connaître le bon code permet de faire fonctionner le logiciel posant problème dans son « vieil » appareil. Pour détenir ces codes, des tutoriels sur Internet ou un bon ami informaticien ou développeur feront l’affaire.

La plainte déposée contre Epson sera peut-être gagnée avec difficulté d’un point de vue législatif, mais cette dernière permet de soulever un problème sociétal qui n’est pas durable. Le secteur IT est particulièrement sujet à ce phénomène, car en plus de fonctionner avec une technologie, il est soumis aux phénomènes de mode de par son design et la représentation esthétique que ces objets portent. Mais le Green IT tend à se développer au travers d’outils design et responsables, tels que Fairphone ou Iameco. Certes, ces derniers ne portent pas une pomme comme emblème, mais finalement n’est-il pas plus différenciant et valorisant de posséder des objets respectueux de l’environnement, de l’humain, durables et design ?

Juliette Bernier