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Conditions de travail : les négligées de l’industrie IT ? Dossier Soc’IT #2

Après avoir dressé un portrait de la situation sanitaire sur la chaîne de fabrication IT dans la première partie de notre dossier, l’EcoGuide IT se penche aujourd’hui sur une autre facette des impacts sociaux du secteur : les conditions de travail. Une pénibilité souvent décriée, des horaires bien supérieurs aux réglementations internationales, des salaires faibles … Considération ou négation, comment se positionnent les entreprises IT ?

La réglementation internationale encadrant les conditions de travail qu’ils s’agissent des horaires, de la rémunération, de l’âge, du travail forcé, (..) existe depuis bien longtemps. Ces dernières années ont pourtant été rythmées de scandales impliquant des entreprises IT.

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Source : Novethic 

La première critique souvent formulée au secteur IT concerne la traçabilité sur sa chaîne de production. La majorité des usines de fabrication des produits high-tech se trouvent en Chine et une part importante des matières premières est localisée en Afrique, deux pays où le respect des réglementations internationales sur le sujet est faible.

L’enjeu majeur du secteur sur les chaînes de production vient de l’utilisation de minerais, des ressources très demandées et de plus en plus rares dû à leur surexploitation notamment par le secteur de l’IT. Souvent appelées « minerais de sang », ces ressources comme le tungstène ou le tantale proviennent en partie de mines gérées par des milices se servant de la revente très lucrative de ces matières premières pour financer leur armement. Le contexte social dans ces régions d’Afrique est inquiétant, les populations environnantes sont souvent forcées de travailler dans ces mines, le problème n’épargnant pas les enfants et causant chaque année de nombreux décès.

Une situation à laquelle les constructeurs Apple et Samsung ont récemment dû faire face. En début d’année dernière, ces entreprises ont, en effet, été accusées par Amnesty International de faire travailler des enfants sur leur chaîne de production. L’ONG relate dans son rapport que les deux entreprises, parmi 16 grands groupes, auraient utilisé du cobalt, servant dans la fabrication des batteries au lithium, provenant de mines de République Démocratique du Congo exploitant de jeunes enfants (7 ans). Les firmes IT s’expliquent sur le sujet en précisant qu’elles entretiennent une politique stricte (audit, mesures préventives…) mais qu’il est difficile aujourd’hui de déterminer la provenance de ce minerai en raison des nombreux intermédiaires. Une problématique considérable à laquelle les entreprises doivent apporter plus de moyens afin de lutter efficacement contre le travail des enfants. Notons toutefois que l’ONG étant, de son côté, parvenue à retracer en partie l’acheminement du cobalt, des contrôles plus rigoureux des entreprises pourraient surement éviter de telles situations !

Afin de lutter contre ces pratiques, les instances européennes (le Parlement, la Commission et le Conseil) ont récemment décidé d’un accord afin d’obliger les raffineries et fonderies à garantir leur non-affiliation aux minerais de conflit, à leur client, comprenant ainsi les marques IT qui achètent leurs matières premières.

Le travail de jeunes enfants n’est pas seulement dénoncé dans les mines africaines. Les usines chinoises assemblant des équipements IT des plus grandes marques sont elles aussi visées.

« Près d’un enfant sur 10 dans le monde travaille à l’heure actuelle »

Le reportage « Cash investigation : les dessous de la fabrication de vos smartphones » diffusé en novembre 2014, montrait des enfants travaillant dans les usines de fabrication des équipements high-tech de plusieurs grandes marques. Au cours de leur enquête, les journalistes étaient parvenus à interviewer une jeune fille de 13 ans. Cette dernière leur avait confié travailler dans l’usine 13 heures par jour pour une moyenne de 5 euros journaliers (160 euros par mois). Elle avait droit à un jour de congé toutes les deux semaines, et ajoutait à cela le travail de nuit un mois sur deux. Des horaires bien loin de ceux prévus par la loi de la République populaire de Chine sur le travail  :

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Source : http://www.droitfrancechine.org/content/download/434/2312/file/

La loi chinoise prévoit toutefois un possible allongement de la durée de travail pour « les besoins de production ». Cet allongement ne peut pas dépasser 3 heures par jour et 36 heures par mois.

Une visée réglementaire bien loin de la réalité affichée dans le reportage de Cash Investigation et une fois de plus confirmé cet été dans le rapport établi par l’ONG China Labour Watch, mettant en cause les fournisseurs Pegatron et Foxconn, cette dernière étant déjà au cœur de scandale sur les conditions de travail en 2012. Ces deux entreprises fournissent le constructeur Apple, inquiété dans ce rapport. Plus de 82 heures supplémentaires déclarées par les ouvriers de maintenance pour le seul mois de mars 2016 ! Les salaires mensuels bas sont aussi décriés, en effet, « le salaire de base offert à ses ouvriers par Pegatron (…) équivaut à seulement 213 dollars » soit environ 190 euros.

La question de l’augmentation des salaires est selon le site Novethic « la principale revendication des travailleurs à travers le monde ».  Une considération sociale qui semble oubliée du secteur IT œuvrant pourtant très largement dans des actions mettant en avant l’IT for green ! Un point sur lequel certain s’emploie à progresser comme Foxconn déjà évoqué dans l’EcoGuide IT qui a pris la décision, en 2014, d’augmenter les salaires des ouvriers de ses usines au Brésil.

Au sein même de l’EcoGuide IT, nous avons plaisir à féliciter les initiatives environnementales responsables prises par les marques IT, néanmoins ce ne sont pas les seuls enjeux de cette industrie qui semble fortement manquer d’engagement concernant la prise en compte de ses impacts sociaux.

Crédit photo : http://www.tdg.ch/monde/asie-oceanie/Trois-salaries-d-une-usine-Foxconn-se-suicident/story/31962660