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Conférence Green IT : Allongeons la durée de vie de nos équipements IT grâce au réemploi !

À l’occasion de la Semaine Européenne de Réduction des Déchets (SERD) qui se tiendra tout au long de la semaine prochaine, le Club Green IT a effectué une entrée en matière avec une conférence portant sur le réemploi des équipements high-tech de première main. Notre équipe s’est rendue sur place, voici les différents éléments qui ont été présentés !

Avec plus de huit intervenants, la conférence du Club Green IT qui s’est tenue hier dans les locaux du groupe d’intérêt économique Informatique et Technologiques – Caisse d’Epargne (IT-CE), à Paris, a réuni un large panel d’acteurs en rapport avec le sujet du réemploi des équipements IT. De la sorte, leurs retours d’expérience respectifs ont offert un état des lieux concret de ce qui se fait dans le domaine en France.

En guise de mise en contexte, Frédéric Bordage, expert chez GreenIT.fr, a rappelé l’intérêt d’allonger la durée des équipements high-tech. En effet, la fabrication de ces derniers reste la phase du cycle de vie la plus impactante, ce ne sont pas moins de 473 kg d’équivalent CO2 émit et 3500 litres d’eau consommés pour la fabrication d’un ordinateur. À l’échelle du composant, pour un seul module de 2 grammes d’une barrette de RAM, c’est 32 kg d’équivalent CO2 émit dans l’atmosphère !

Violaine de Pontavice, Directrice associée et spécialiste en droit de l’environnement chez Ernest & Young (EY), est intervenue pour rappeler la différence entre réemploi, réutilisation et recyclage. Dans le premier cas, il s’agit pour un utilisateur de se débarrasser convenablement d’un équipement encore fonctionnel auprès d’acteurs capables de reconditionner son produit. Les deux cas suivants consistent à considérer l’équipement comme un déchet et son réemploi n’est alors plus possible. Par ailleurs, alors que le recyclage auprès d’un éco-organisme permet de se défaire de la responsabilité du déchet, la réutilisation oblige l’émetteur à s’informer de la finalité de son produit afin de s’assurer que son retraitement a bien été effectué en respect des législations en vigueur. Pour ce faire, il doit demander un Bordereau de Suivi des Déchets (BSD) qui établira la traçabilité des équipements IT concernés jusqu’à leur retraitement total.

La conférence a aussi été l’occasion de présenter les résultats de l’étude « Et si le CAC40 reconditionnait 60% de ses Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) ? » réalisée par Frédéric Bordage et Jean-Christophe Chaussat, Responsable Développement Durable – DSI de Pôle emploi . Parmi les chiffres avancés, les deux experts ont mis en avant un double intérêt au réemploi d’équipements IT qui permet de limiter l’impact environnemental généré durant leur fabrication, mais aussi de créer des emplois. Les résultats de l’étude montrent ainsi, que si l’ensemble des entreprises du CAC40 reconditionnaient 60% de leurs équipements high-tech, cela représenterait une création de 1500 emplois, une limitation des émissions de 811 000 tonnes d’équivalent CO2 et 6 millions de m3 d’eau économisés.

1500 emplois seraient créés si l’ensemble du CAC40 reconditionnait 60% de son parc informatique !

Toutefois, existe-t-il à l’heure actuelle, des moyens permettant de suivre une telle démarche ?

Jean-Christophe Chaussat a apporté de premiers éléments de réponse en démontrant la possibilité pour une grande structure, telle que Pôle Emploi, de reconditionner 70% de son parc informatique. Il a tout de même précisé qu’il s’agissait d’une démarche de long terme initiée il y a cinq ans. En effet, dès l’achat, des critères durables ont été appliqués afin de garantir l’acquisition de terminaux informatiques pouvant être réemployés par la suite. Pour ce faire, Pôle Emploi n’acquière que des produits labellisés Epeat afin d’équiper, rappelons-le, les quelque 50 000 collaborateurs travaillant au sein de l’entreprise.
Pour favoriser le réemploi, cette dernière travaille en partenariat avec l’éco-organisme Ecologic, garant de l’organisation de la filière de retraitement des DEEE, qui souhaite ainsi légitimer son action au niveau du réemploi. Patrick Bariol et Bertrand Reygner, respectivement Directeur Développement et Directeur technique chez Ecologic, ont d’ailleurs souligné l’intérêt de signer un partenariat avec un éco-organisme, dans la mesure où celui-ci permet une traçabilité des produits qui lui sont confiés, qu’ils soient considérés comme déchets ou produits réutilisables après remise à neuf.

Crédit photo : Emmaüs
Crédit photo : Emmaüs

Les Ateliers du Bocage et Ateliers Sans Frontières, intervenants à la conférence, sont des acteurs du réemploi. Antoine Drouer et Yves De Beauregard, tous deux directeurs des entreprises précitées, ont ainsi insisté sur le caractère solidaire du réemploi. En pratiquant le reconditionnement, les deux structures participent au réemploi d’équipements high-tech de seconde main permettant une limitation de leurs impacts ainsi que la mise en place d’actions sociales. En effet, ils interviennent dans l’accompagnement des personnes vers un emploi mais ils agissent également pour la réduction de la fracture numérique, en revendant ces produits remis à neuf à des personnes en difficultés ou à des associations à des prix inférieurs à celui d’un équipement high-tech neuf.

Nous constatons ainsi l’engagement d’entreprises à pratiquer le réemploi, toutefois, comme l’ont rappelé Frédéric Bordage et Lætitia Vasseur, fondatrice de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) et dernière intervenante de l’après-midi, cette démarche ne peut être effective que si les équipements high-tech pâtissent moins du phénomène d’obsolescence programmée. En effet, rien que sur l’aspect logiciel, des efforts d’écoconception sont nécessaires afin de permettre à de « vieux » terminaux informatiques et mobiles de suivre la cadence des mises à jour. Lætitia Vasseur a d’ailleurs rappelé l’existence d’initiatives cherchant à répondre à la problématique d’obsolescence des équipements high-tech. Pour rappel, la plateforme Opé2017, lancée par son association, vise à prolonger les efforts réglementaires en lançant une participation citoyenne afin d’alimenter le débat dans le domaine. Dans le courant du mois de décembre, les résultats de cette concertation publique donneront naissance à des propositions concrètes à destination des décideurs politiques.

Le réemploi, encore peu pratiqué au sein des grandes entreprises françaises, comporte des avantages indéniables, qu’il s’agisse de réduire le coût des équipements, de lisser les impacts environnementaux ou bien de créer des emplois. Comme le souligne Frédéric Bordage, nous acceptons de rouler à 130 km/h dans un véhicule d’occasion sans craindre pour notre sécurité, mais acheter un ordinateur de seconde main fait encore face à des blocages ! Ne serait-il pas temps de tous changer de comportement à ce sujet ?

Crédit photo : http://fr.freeimages.com