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De l’obsolescence programmée au nom de la sécurité !

Une crainte de bug suite à une mise à jour mineure d’iOS 9.2.1, l’« erreur 53 » est en passe de devenir un problème bien plus sérieux pour Apple. La marque s’est en effet révélée bien peu tolérante envers ses clients faisant appel à des réseaux de réparation non-agréés.

La success-story que connaît l’iPhone est à en faire tourner la tête des analystes et pâlir la concurrence. Grâce au lancement de l’iPhone 6, la firme de Cupertino avait générée en fin d’année 2014 18 milliards de dollars rien que sur le dernier trimestre ! Face à une telle réussite, tous les autres concurrents, dont Samsung, se sont vus ravir des parts de marché sur un secteur pourtant ultra concurrentiel.

Cependant, quelques mois après la sortie de l’iPhone 6S, certains utilisateurs du smartphone d’Apple pourraient bien regretter leur achat. En effet, en ce début de 2016, des possesseurs d’iPhone 6 et 6S ont commencé à relayer une information  : leur terminal se serait bloqué suite à la mise à jour d’iOS (vers la version iOS 9.2.1) et aurait affiché depuis « erreur 53 ».

Cette dernière commençait alors a suscité des interrogations sur les raisons de son apparition soudaine, jusqu’à ce que The Guardian révèle le mystère. Selon le quotidien britannique, les personnes concernées par cette erreur 53, seraient celles ayant fait réparer le bouton « Home » de leur iPhone 6 ou 6S dans un centre de réparation…non-agréé !

Crédit photo : http://www.konbini.com
Crédit photo : http://www.konbini.com

La révélation étant juste, Apple a défendu cette décision en prétextant un motif sécuritaire visant à protéger l’ « enclave » dans laquelle les données biométriques associées au capteur TouchID (au niveau du bouton « Home ») sont placées. Ainsi, d’après l’entreprise, dans les ateliers d’un Apple Store ou d’un réparateur agréé par la firme, l’intégrité de l’« enclave sécurisée » est garantie, alors que pour un réparateur non-agréé, elle s’arroge le droit de bloquer le terminal afin de s’assurer que ladite « enclave » n’a pas été altérée. Aux utilisateurs concernés, l’entreprise leur a même recommandé de racheter un nouveau terminal afin de contourner le problème (!).

Malheureusement pour Apple, cette raison invoquée n’a fait qu’amplifier l’ire des possesseurs d’iPhone 6 et 6S, qui y ont vu une obligation de rester dans le giron du géant à la pomme, même dans le cas d’une réparation de leur terminal mobile. En effet, réputé assez onéreux, le réseau « officiel » de réparation est souvent substitué par des réparateurs non-agréés, moins chers.

La situation semblant être assez loin de s’atténuer, cette semaine présage même l’inverse. En effet, outre une pétition de plusieurs associations françaises, dont RCube.org, Zéro Waste France ou encore Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), demandant la suppression de l’erreur 53 et la possibilité de réparer librement son iPhone, le cabinet d’avocat américain Pfau Cochran Vertetis Amala (PCVA) a initié une procédure d’action collective (class action) à l’encontre de la firme à la pomme. C’est donc un procès qui pourrait bien se profiler à l’horizon. Le cabinet d’avocats, représentant certains consommateurs mécontents, réclame en leur nom cinq millions de dollars de dommages et intérêts à Apple, ainsi que la suppression de cette « erreur 53 ».

Dans un contexte où les problématiques environnementales connaissent un relatif gain d’intérêt dans les nouvelles technologies, cette obsolescence programmée est une preuve que certains constructeurs n’intègrent pas encore la démarche de durabilité à l’ensemble de leur activité. En agissant de la sorte, Apple commet l’erreur d’aller à l’encontre d’un allongement de la durée de vie de ses appareils via une réparation contraignante. Rappelons que pour l’iPhone 6S, les émissions de gaz à effet de serre (équivalent CO2) lors de la fabrication représentent 84% du total émis pour l’ensemble du cycle de vie du produit ! D’où l’intérêt de laisser les gens réparer leur smartphone comme bon leur semble, afin de leur permettre de l’utiliser autant de temps qu’ils le veulent ou mieux, jusqu’à ce qu’il soit réellement irréparable…

De manière générale, espérons que l’entreprise saura en tirer des conclusions et œuvrera à rendre ses produits mieux éco-conçus et facilement réparables. En effet, Apple a déjà prouvé, auparavant, sa capacité d’innovation et de proactivité en la matière.