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Equipements IT à l’école : qu’en est-il du Plan numérique pour l’éducation ?

Le numérique s’invite dans les salles de classe avec le Plan numérique pour l’éducation. Depuis son entrée en vigueur le 7 mai 2015, ce plan suscite interrogations, peurs et débats. Alors que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale, vient de mettre en « stand-by » les sorties scolaires dans les magasins de marques IT et souhaite interdire les smartphones dans les écoles et collèges, l’équipe EcoGuide IT se demande : où en est le Plan numérique pour l’éducation ?

Le numérique, plus qu’un outil, un univers

Le Plan numérique pour l’éducation lancé sous la présidence de François Hollande avec son budget d’un milliard d’euros sur trois ans a permis de développer le numérique de la maternelle au lycée. Les terminaux mobiles, dits wearables, tels que les smartphones, les casques de réalité virtuelle et les objets connectés, ont désormais trouvé une place dans les salles de classe. Les objectifs multiples de ce programme concernent autant les professeurs que les élèves : formation à la culture numérique, bon usage des équipements, création de supports d’apprentissage innovants et éveil aux métiers techniques liés au high-tech, tels que le codage. L’EcoGuide IT s’interrogeait déjà sur ces enjeux éducatifs l’année dernière, trois ans après la mise en application, de nombreuses de questions n’ont pas trouvé de réponse. La prochaine rentrée scolaire devrait généraliser les enseignements par le numérique au collège, avec la livraison des équipements mobiles pour les nouveaux élèves de 5ème et 6ème, bien que des voix s’élèvent contre l’utilisation des objets numériques dans les classes, autant du côté des parents que des enseignants. L’univers high-tech est un secteur nouveau, porteur d’emplois et plein d’avenir, mais les dangers qu’il incarne et les flous qu’il entretient inquiètent. Pourtant, les chiffres avancés par le gouvernement indiquent que 67% des élèves trouvent les cours plus intéressants grâce aux apports des outils numériques et 57% se sentent plus concentrés en classe. L’idée poursuivie par le Plan numérique est également de faciliter l’accès aux connaissances pour le plus grand nombre, d’impliquer la famille et de se construire un esprit critique face aux informations rencontrées sur Internet. De belles idées en théorie, mais de multiples pièges en pratique, nuisibles à la santé et à la liberté des plus jeunes.

Les écrans, freins au développement de l’enfant

La lumière bleue émise par les écrans n’est pas la première préoccupation des parents et des enseignants. Ce qui inquiète, c’est le temps passé par les enfants devant les écrans et leur caractère addictif. Dès 2013, l’Académie des sciences publiait un rapport sur la relation entre L’enfant et les écrans. Livré à lui-même face à l’écran, l’enfant développe aisément un comportement de repli sur soi et d’addiction à l’équipement IT. L’étude préconise « prudence lucide et émerveillement attentif » permettant à l’enfant de grandir avec les écrans pour en avoir un usage raisonnable. Difficile parfois dans un contexte où les injonctions paradoxales et la peur sont largement relayées dans la presse. Comme l’évoque un article de Slate, l’information sensationnelle jouant sur la peur des gens n’aide pas à prévenir les risques liés aux nouvelles technologies. Interdire totalement les écrans n’a pas de sens dans une société où ils sont omniprésents. Au mieux, un parent pourra contrôler cette interdiction durant un temps, mais sorti du foyer, l’enfant sera face aux écrans dans la rue, à l’école et chez ses amis. L’illustration en est avec l’interdiction du portable pour la rentrée 2018 à l’école et au collège, voulue par le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Sachant qu’en 2015, 8 élèves de collège sur 10 avaient un portable et que la fouille des sacs est interdite, il paraît compliqué de tous les filtrer. De plus, les smartphones font partie des outils numériques utilisés pour le Plan numérique et de nombreux enseignants les considèrent comme des outils pédagogiques permettant à l’élève de devenir acteur de la construction du savoir en triant les informations. « Un élève se souvient d’autant mieux des difficultés qu’il a rencontré qu’il les aura surmontées lui-même » déclare Antoine Renier, professeur de physique-chimie. Utilisés à bon escient et de façon raisonnable, les équipements IT ne sont pas dangereux et peuvent être de bons outils pédagogiques. Leur nocivité apparaît lorsqu’ils servent à occuper les enfants, à les calmer, ou à éviter une frustration. Un enfant ne peut être calme tout le temps, l’ennui et la frustration sont de bons éléments à son développement personnel et créatif. L’enjeu des écrans ne réside pas dans le temps passé à l’utiliser à des fins éducatives à l’école, mais plutôt dans celui de son utilisation hors de la scolarité. Finalement, la peur des écrans ne serait-elle pas celle de parents accros aux leurs ?

Crédit photo : elisabethbatonherve

Les GAFAM ou le loup déguisé en mamie gâteaux

Le 9 mai dernier, le ministre de l’éducation a annoncé la suspension des sorties scolaires dans les Apple Stores et chez Microsoft à la suite d’un reportage diffusé sur France 2 en avril dernier, où des élèves de CM2 recevaient des tee-shirts Apple avant de suivre une formation sur le codage par des vendeurs. Les sorties devaient servir à combler la faiblesse des usages du numérique dans les classes. Les marques, particulièrement les GAFAM (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft), sont accusées d’utiliser ces sorties à des fins publicitaires et de récolter les données des élèves à desseins commerciaux. La peur d’une mainmise des GAFAM sur l’école est grande. Stéphane Crochet y voit plutôt l’occasion pour les plus grands de développer leur esprit critique pour qu’ils ne soient pas dupes quant à la générosité de façade pratiquée par les marques. Comme l’évoque le ministre de l’éducation, l’idée est de faire confiance aux enseignants (en espérant que ces derniers ne sont pas pro Apple ou Google !), à travers « l’école de la confiance » où les éducateurs doivent questionner les élèves sur le numérique. Selon Bruno Duvauchelle, la notion de confiance appliquée au numérique va de pair avec celle de vigilance. Interroger l’élève sur les dangers du numérique est primordial et intégrer le numérique et les équipements IT dans les écoles est une aubaine pour responsabiliser les plus jeunes face aux enjeux environnementaux et sociaux des objets numériques. Rappelons que 80% de l’impact environnemental d’un matériel IT a lieu durant sa phase de production, d’où l’intérêt que les élèves n’aient que l’équipement fourni par l’école, plutôt que d’en avoir deux. Apprendre par le numérique pour le rendre plus vertueux, une utopie ?

Le monde numérique n’a pas fini de faire parler de lui. Jeune et vaste, il nourrit les fantasmes de science-fiction, les peurs relayées par les médias et les rêves les plus fous. Ses impacts sont réels, tant sur les enfants que sur les adultes. Accusé de nombreux maux, le numérique reste un outil derrière lequel se cachent des humains. Les manipulations viennent des marques, à travers les jeux, les applications et les algorithmes. L’addiction aux écrans est également un biais humain, ils ne sont pas une substance addictogène, en revanche le manque de lien social, le repli sur soi et l’insécurité sont des facteurs de risques favorables au développement de comportements addictifs. L’humain est la cause des dérives, il est important que les plus jeunes soient éveillés aux risques pour mieux s’en prémunir et faire des choix en pleine conscience à l’avenir. Et pourquoi pas, apprendre à leurs parents de nouvelles choses et des comportements plus sains face aux outils numériques. De nouvelles relations entre enseignants et élèves, parents et enfants, se dessinent où les deux parties ont à apprendre du savoir de l’autre. Les enfants débordent d’imagination et sont une source d’inspiration passionnante pour les adultes. D’ailleurs, l’école numérique pourrait être le parfait argument pour laisser les écrans à l’école et au bureau, afin de profiter de moments de partage en famille ou entre amis.

Crédit photo : VousNousIls

Juliette Bernier