Google comme nouveau messie du « droit à l’oubli », info ou intox?

Google invite au débat sur le « droit à l’oubli » avec une tournée des capitales européennes de septembre à novembre.

En mai dernier, tombait une décision cruciale de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre Google « le droit à l’oubli ». Un verdict qui touche finalement tous les moteurs de recherches mais qui continue de faire débat car la limite entre respect de la vie privée, liberté d’expression et censure reste bien mince. Néanmoins, presque quatre mois après cette décision, Google semble avoir bien digéré cette obligation, tellement bien qu’il a décidé de s’en servir. En effet, le géant américain est l’instigateur de réunions qui se dérouleront dans plusieurs villes d’Europe et dont le thème principal est justement « le droit à l’oubli ».

La première réunion s’est déroulée mardi à Madrid et six autres suivront à Rome ce mercredi 10 septembre, à Paris le 25 septembre, à Varsovie le 30 septembre, à Berlin le 14 octobre, à Londres le 16 octobre puis le 4 novembre à Bruxelles. Ses réunions publiques ont pour objectif premier de débattre de l’équilibre entre respect de la vie privée et liberté de l’information. Le comité présent regroupe huit représentants, non rémunérés mais indemnisés pour leur déplacement. Celui-ci est composé d’un ancien ministre allemand de la Justice, de deux universitaires, d’un représentant de Wikipédia mais également du secrétaire général de Google, David Drummond, et de son président Eric Schmidt. Google a assuré que les intervenants présents parleront de manière totalement indépendante.
Néanmoins ces conférences ne sont pas du goût de tout le monde puisque beaucoup les voient comme un coup de pub pour le moteur de recherche. Isabelle Falque-Pierrotin, en charge de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) en France ainsi que du groupe des CNIL européennes (G29), rapproche l’initiative de Google à une « guerre de communication » sur un enjeu crucial pour son modèle économique. Selon elle, l’entreprise chercherait à se racheter une conduite en donnant l’image d’une société transparente et agissant dans l’intérêt de tous. De plus, elle relève le fait que Google ait choisi les membres du comité et que la société régulera les intervenants et ce qui sortira des réunions. Des accusations qui font réfléchir tant la démarche du moteur de recherche surprend.

En effet, Google s’était montré plutôt réticent en mai après l’annonce de la décision de la CJUE car celle-ci allait avoir de lourdes conséquences sur le modèle en place en imposant aux moteurs de recherche de supprimer certains résultats qui se révéleraient « inadéquats, pas ou plus pertinents ou excessifs ». De ce fait, à la mi-juillet, le groupe qui contrôle actuellement près de 80% du marché de la recherche sur le web en Europe déclarait avoir reçu plus de 90 000 requêtes concernant des photos embarrassantes, des cas de harcèlement mais aussi des articles de presse gênants. Des requêtes qui posent dans certains cas le problème de la censure. A quel moment la limite est-elle franchie ? Il faut, à ce sujet, savoir que si un moteur de recherche décide de rejeter une demande, sa décision peut être contestée devant le régulateur national en charge de la protection des données. Plusieurs cas de suppressions de résultats ont déjà été publiés puisque Google a pris la décision d’informer les médias dont les articles avaient été déréférencés (BBC, Guardian). De même, Wikimédia qui régit Wikipédia a pris le parti de créer une page recensant toutes les notifications de suppressions en signe de protestation.

Les régulateurs européens en charge de la protection des données privées travaillent actuellement sur les consignes à établir pour les moteurs de recherches (Google, Microsoft, Yahoo, etc) afin de s’assurer que les demandes soient traitées de manière cohérente. Ils se prononceront le 15 septembre prochain.

Jusque-là, les réunions organisées par Google risquent de faire parler d’elles. Il reste à vérifier maintenant s’il s’agit d’une vraie initiative incitant à la discussion et au partage des avis, ou d’un simple coup de publicité.

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