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Tous les yeux rivés sur leurs écrans en réunion ? L’explication par la FOMO

La FOMO (Fear Of Missing Out) se manifeste par la peur de manquer une actualité, un événement, d’être exclu. Cette dernière s’est développée parallèlement à la digitalisation de la société et l’importance croissante des réseaux sociaux dans nos vies. Une peur qui ne se manifeste pas comme l’arachnophobie, mais qui n’en est pas moins réelle. Instiguant à la connexion à travers les multiples supports IT, cette peur peut engendrer des dépendances aux objets connectés, rapidement et discrètement. L’impossibilité de décrocher d’Internet et de son flux d’actualités aurait des conséquences non négligeables sur la santé psychique et physique. En période de fêtes d’Halloween, la FOMO pourrait bien voler la vedette aux sorcières, mais cela est sans compter sur les solutions IT for Green qui vous aideront à l’éloigner de votre vie !

La multiplication des équipements IT permettant de rester connecté a des bons côtés. Que ceux-ci soient des outils d’aide à l’organisation, l’accès à l’information ou encore la facilité à entretenir des liens sociaux. Toutefois, comme tout objet se qualifie par l’utilisation qui en est faite, ces petites machines et leur connexion illimitée, peuvent se révéler nocives. L’hyperconnexion se transforme alors en addiction, favorise la fatigue chronique, la perte de concentration, l’épuisement, voire le burn-out. En effet, il n’est pas facile de décrocher des écrans. Les techniques marketing utilisées poussent à la connexion permanente, l’objectif étant de retenir l’internaute le plus longtemps possible et de le faire revenir souvent, ou mieux, de ne plus le laisser partir. Notre temps est leur argent.

Méthode princière à l’italienne ? Pour ceux qui préféreraient les anglicismes à Machiavel, le concept de brainhacking vous aidera à comprendre la façon dont votre cerveau est pris en otage par les flux digitaux qui vampirisent votre matière grise ! Bien qu’il soit ardu d’admettre qu’une addiction puisse être digitale, il s’avère que chaque personne consulte son smartphone 221 fois par jour en moyenne. Au-delà du smartphone, la diversité des objets connectés pousse à multiplier les connexions via des supports différents. Il est fréquent d’envoyer un SMS tout en regardant un film sur son ordinateur ou sa télévision. La relation aux objets digitaux et la peur de manquer un événement ou une actualité, engendrent des comportements de pianotage compulsif et chronophage. Les 15-24 ans passeraient plus de 4 heures par jour sur leurs smartphones !

Ce phénomène ne concerne pas uniquement les adolescents et jeunes adultes. Toutes les catégories d’âges sont concernées et les actifs plus particulièrement. La FOMO se retrouve aisément dans la sphère professionnelle. La connectivité et la digitalisation ont facilité les modes de travail, mais sont aussi une tentation pour ne jamais réellement se couper de la sphère professionnelle. Le fait de ne pas consulter ses mails en vacances ou en week-end constitue parfois un défi et la difficulté à le relever peut-être un bon indicateur afin de mesurer sa dépendance à la connexion et son niveau de FOMO.

Déconnecter, se couper de cet univers digital, est d’autant plus compliqué que les objets sont interactifs et peuvent se révéler intrusifs. En 2003, l’entreprise Blackberry invente les notifications push qui ont pour objectif de prévenir l’utilisateur lorsqu’il a reçu un mail, et ainsi lui éviter de consulter sa boîte mail régulièrement ou de manquer une information importante. La notification sert d’alerte informative et permet de gagner du temps. D’abord professionnelles, les notifications s’appliquent désormais à tous les domaines. En moyenne, une personne reçoit chaque jour 63,5 notifications sur son smartphone. Une vague d’alertes qui perdent leur sens, noyées dans un flux quotidien et incessant, les notifications stimulent la curiosité, mais sont aussi des pics qui réveillent la FOMO en incitant l’individu à ouvrir la nouvelle même si cette dernière ne revêt aucun caractère essentiel. La notification est étudiée dans le but de faire revenir l’utilisateur sur le site ou l’application qui l’envoie, grâce à la récompense qu’elle constitue pour lui. La peur de manquer une information a toujours existé. Jadis, cela pouvait se passer au travers du poste de radio ou de télévision constamment allumé, dans le but de ne manquer aucune actualité. La différence réside désormais dans l’intensification de cette peur évoluant au rythme de la multiplication des objets connectés. Cela induit un sentiment ambivalent des utilisateurs, on se sentira mal, seul ou exclu en déroulant son fil d’actualités Facebook ou en regardant les photos idylliques de ses contacts Instagram, mais ce ressenti sera contrebalancé par le ravissement d’avoir pu renouer avec un ami perdu de vue.

L’hyperconnexion est d’autant plus vertigineuse selon Pamela Pavlisack, anthropologue du numérique, qu’elle est due au spectre d’une peur du vide lors du retour à la réalité physique. La réalité virtuelle, quant à elle, serait la nouvelle vie, sortie de celle-ci l’individu perdrait son statut social, sa place, son identité. Un mythe ou une prédiction de ce que pourrait devenir la société dans un futur proche tel que la série Black Mirror le dépeint ? Une série originale Netflix dont Reed Hasting, le PDG, considère comme ses concurrents Facebook, YouTube et le sommeil. Une déclaration qui prouve que les géants du numérique cherchent à capter le temps de cerveau disponible et qui plus est, le détournent de certaines activités essentielles et naturelles.

crédit photo : Charlie Brooker

Pour autant, la connexion n’est pas l’ennemi à abattre, les objets numériques et la digitalisation ont de nombreux aspects positifs. L’idée développée par Tristan Harris, ancien ingénieur chez Google, est celle du « Time well spent » où la connexion serait plus qualitative que quantitative. Encore une fois, l’utilisation prime sur l’objet. La solution la plus simple pour réduire le nombre de consultations de son smartphone et détoxifier son esprit d’informations inutiles résiderait dans la désactivation des notifications push. Il ne s’agit en rien de se couper du monde digital, mais de retrouver la liberté d’aller ou non consulter ce dernier et d’en choisir le contenu.

Retrouver la liberté de choix sera à la fois bénéfique pour sa tranquillité mentale, mais aussi pour l’environnement. Car la digitalisation toute aussi légère et fluide qu’elle paraît, a un impact croissant sur notre environnement couplé à celui qu’elle a dans nos vies. Le fameux Netflix est notamment pointé du doigt par l’ONG Greenpeace pour utiliser du charbon afin de produire l’énergie dont il a besoin pour diffuser en streaming les séries et films proposés aux internautes du monde entier. Il ne s’agit pas de boycotter la plateforme, mais de prendre conscience de son impact et d’adopter des comportements plus responsables.

L’information étant clef, l’idée d’un étiquetage énergétique des réseaux sociaux sur le modèle de celui connu des appareils électroménagers a émergé en début d’année. Une manière globale d’amorcer une démarche de transparence concernant les GAFAs (Google-Apple-Facebook-Amazon), une solution du futur qui nécessitera certainement plus de temps à se mettre en place que l’apparition de nouveaux réseaux digitaux. Présentement, il est tout de même possible de limiter son impact environnemental et d’assainir sa relation à la connexion. Ceci grâce à des applications telle que forest, qui propose de planter un arbre qui grandit durant le temps où l’on ne touche pas son smartphone. Une jolie métaphore qui va plus loin que le digital, car de vrais arbres sont plantés, une motivation supplémentaire pour se faire du bien et agir concrètement.

Retrouver la liberté d’utiliser son temps comme on l’entend sans pour autant agir de façon extrême en se coupant de tout objet numérique, s’inscrit dans une démarche IT for Green, en alliant santé sociale et environnementale. La FOMO soulève aussi la peur du vide et de la réalité, qui furent notamment imagées à travers le style Rococo au XVIIIe siècle. Il semblerat que l’Homme cherche à fuir sa réalité et ses angoisses par les moyens de son époque. Afin de pallier à l’idée que la vie est un abyme terrifiant si l’on ne la remplie pas, peut-être serait-il intéressant de relire le mythe de Sisyphe et de l’imaginer heureux, comme Camus, pour ainsi se défaire de la FOMO et se convertir à la JOMO (Joy Of Missing Out). Cela sera aussi l’occasion de regarde l’arbre pousser dans votre smartphone!

Juliette Bernier