L’Union Européenne en retard dans la lutte contre les minerais de conflits

Les États-Unis et une dizaine de pays d’Afrique centrale adoptent des mesures contraignantes à l’encontre des entreprises qui importent des minerais de conflits. Mais où en est Bruxelles sur le sujet ?

L’Europe est chaque année une terre d’accueil pour des minerais des entreprises bien souvent peu communicantes sur leur provenance, une révélation portée par la récente analyse de l’ONG Global Witness, soutenue elle-même par une soixantaine d’autres ONG ralliées à sa cause.

Or, quand on sait que le tungstène, le tantale, l’or ou bien l’étain servent, dans des pays comme le Congo, la Colombie ou la République centrafricaine, à financer des conflits meurtriers, il y a tout lieu de se demander pourquoi rien n’est encore fait pour augmenter le contrôle des importations de minerais rapportant des milliards d’euros aux pays les exportant. En effet, la coalition d’ONG pointe une situation urgente à régler puisque les minerais cités ci-dessus entrent dans la composition de certains produits de la vie courant tels que les ampoules, les voitures et les ordinateurs et téléphones portables, des produits dont la demande croit chaque année. À titre d’exemple, l’Allemagne a importé à elle seule 9,6 millions d’ordinateurs portables et 28,6 millions de téléphones portables pour la seule année 2013, pour un total de 18,2 milliards d’euros.

Actuellement, les dispositions prises par Bruxelles se basent sur le volontariat et ne contraignent donc en rien les entreprises concernées (seules 0,05% sont impactées par les mesures). La coalition d’ONG souhaite donc que des mesures simples soient mises en place :
• Remplacement de la proposition non contraignante par des dispositions contraignantes obligeant les entreprises européennes à s’approvisionner en minerais de manière responsable ;
• Augmentation du périmètre des entreprises basées en Europe concernées par les dispositions ;
• Prise en compte, en plus de ces minerais, d’autres ressources naturelles, telles que le diamant, le charbon et la chromite susceptibles d’être associées à des atteintes graves aux droits de l’Homme ou de financer des groupes armés dans les pays exportateurs.

En comparaison, les États-Unis et une dizaine de pays d’Afrique centrale ont déjà adopté ce genre de mesures en obligeant les entreprises à vérifier la provenance des minerais présents dans leur chaîne d’approvisionnement. Aux États-Unis, le réalisateur Ed Zwick a d’ailleurs contribué à la sensibilisation de la population américaine, et occidentale à une plus large échelle, avec son film « Blood Diamond » (2006). C’est pourquoi, il apporte son soutien à la démarche de la coalition d’ONG en faveur d’une même démarche sur le vieux continent. En effet, l’Europe apparait très en retard à ce sujet.

En parallèle à l’action de cette dernière, l’association Walk Free qui œuvre à l’encontre de l’esclavagisme moderne a également soumis à la Commission européenne des mesures à mettre en œuvre afin de responsabiliser les entreprises dans leur approvisionnement en minerais. En effet, parfois des violations de droits de l’Homme sont constatées au sein même des exploitations minières (par exemple en Colombie). Les mesures font écho aux propositions de Global Witness en :
• Imposant aux entreprises des règles relatives à l’identification et l’élimination des minerais du conflit de leurs chaînes d’approvisionnement ;
• Veillant à ce que les entreprises qui font entrer des minerais de conflit au sein de l’UE sous forme de matières premières ou de produits finis soient aussi soumises à ces règles.

Avec ce type d’engagement, les principaux pays importateurs d’Europe : l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la France, ont l’opportunité de montrer l’exemple et surtout d’utiliser à bon escient leur statut de pays riches de l’UE pour faire pencher la balance en faveur des causes soutenues par Walk Free, Global Witness et consorts.

Sources :
© http://www.globalwitness.org/conflictminerals/
© http://www.walkfree.org/