La Chine met fin à ses quotas d’exportation de terres rares

Depuis 10ans, la Chine imposait à la communauté internationale ses quotas à l’exportation de terres rares. Pour une ressource devenue indispensable pour les biens technologiques, cela avait suscité l’ire des principaux demandeurs : les pays occidentaux. Début janvier 2015 ces quotas sont levés, mais cette ressource étant devenue commercialement stratégique, il peu probable que la Chine ait réellement lâché du lest…

Indispensables. C’est le mot qui peut le mieux qualifier les terres rares. Que cela soit pour les batteries de nos voitures électriques et hybrides, les panneaux solaires et photovoltaïques, les écrans d’ordinateurs portables, les objectifs d’appareils photos, les puces NFC (cf. Article ) et surtout le sacrosaint smartphone (liste non exhaustive), cette ressource s’est immiscée dans la fabrication de tous ces biens eux-mêmes ancrés dans le quotidien de nombreux pays (Europe, États-Unis et Japon en tête).

Regroupées en 3 familles (scandium, yttrium et lanthanides), les terres rares totalisent 17 métaux (les lanthanides sont au nombre de 15) et leur disponibilité se répartie à travers tout le globe. Toutefois, bien que la Chine n’abrite « que » 23% des réserves de cette ressource naturelle, elle est parvenue à en contrôler 90% des parts du marché mondial grâce à un coût plus faible dû à une main d’œuvre meilleure marché. En effet, des pays comme les États-Unis étaient à l’origine indépendants dans l’exploitation et l’utilisation des terres rares, mais face à l’envolée des prix ils sont passés en quinze ans de ce statut de pays autonome à celui de pays 100% dépendant des importations chinoises. Ce schéma s’étant, dans les grandes lignes, reproduit à l’international, c’est ce qui a permis à l’Empire du Milieu d’asseoir cette suprématie.

Face à une demande qui vire à l’exponentielle, la Chine a souhaité instaurer dès 2005, des quotas à l’exportation en vue de les limiter à 30 000 tonnes pour les 120 000 extraits par le pays chaque année prétextant le souhait de « protéger ses ressources naturelles et leur assurer un développement économique durable ». Cela avait eu pour conséquence, en 2010, de faire monter les cours (le cours du terbium, un des lanthanides, avait par exemple, été multiplié par neuf en quelques mois). Quand on sait que la demande mondiale était de 133 000 tonnes en 2010, on comprend mieux que des pays comme le Japon ou l’Europe se soient braqués. En effet, pour la même année, 54% de la demande était chinoise alors que le Japon, l’Europe et les États-Unis représentaient respectivement 24, 10 et 8% de cette demande (cf. Graphique ). Ces derniers ont donc plus vu dans les quotas, un moyen pour la Chine de garder une certaine autonomie dans l’approvisionnement et surtout un moyen de stocker des quantités précieuses de cette ressource qui s’amenuise à vitesse grand V. Ce sentiment de discrimination a poussé les 3 pays évoqués à porter plainte en 2012 devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui a alors mis en place un panel chargé de trancher le litige. Début 2014, le verdict tomba en faveur des plaignants, l’organisation internationale avançant que le prétexte de « préservation de l’environnement » pour justifier l’instauration de quotas n’était pas recevable dans la mesure où la Chine ne l’appliquait pas sur son marché national.

De 2005 à 2015, des moyens alternatifs ont tout de même été développés afin de faire face à cette limitation de l’offre. Nous vous parlions dans un précédent article ( ici ) du recyclage des terres rares. Dans ce contexte tendu, cette méthode est devenue un enjeu stratégique et surtout écologique. En effet, la réutilisation des terres rares déjà incorporées dans des produits technologiques mis au rebus permet de limiter le besoin d’approvisionnement sur le marché. D’abord développée au Japon, ce dernier estime à 300 000 tonnes la disponibilité de terres rares dans ses « mines urbaines » (les décharges), soit 10ans de sa consommation.

De grandes marques nippones ont ainsi enclenché la marche : depuis 2012 Mitsubishi Electric s’est lancée dans ce type de recyclage pour ses climatiseurs, Hitachi fait de même avec ses disques durs et Honda propose depuis 2014 de récupérer les terres contenues dans les batteries de ses véhicules hybrides lorsque ces dernières sont hors d’usage. En France, le groupe chimique Rhodia a rendu opérationnel depuis 2012, une usine à La Rochelle utilisant un procédé permettant de recycler les terres rares présentes dans les lampes basses consommation. Selon Récylum, l’éco-organisme en charge de l’élimination des lampes usagées, grâce au nouveau procédé de Rhodia, « il sera possible d’extraire 17 tonnes de ces minerais, dont 15 tonnes d’yttrium, 1 tonne de terbium et 1 tonne d’europium, sur les 4 000 tonnes de lampes fluocompactes recyclées chaque année ».

Il est tout de même important de prendre conscience que les solutions à apporter pour régler le problème d’approvisionnement en terres rares ne doivent pas pousser uniquement à trouver des sources alternatives, mais aussi à tenter de trouver d’autres solutions…de remplacement ! Car en plus d’être une ressource aux quantités disponibles finies sur notre planète, l’extraction des terres rares est nocive pour l’environnement. En effet, cette étape ainsi que le raffinage nécessitent l’emploi d’éléments toxiques (acide sulfurique, métaux lourds, uranium) qui sont par la suite relâchés dans la nature. Par exemple, en Mongolie Intérieure, la radioactivité, due à l’usage de l’uranium, mesurée dans la mine chinoise de Baotou dans les villages proches de cette dernière serait 32 fois supérieure à la normale. À titre d’exemple, la radioactivité à Tchernobyl est 14 fois supérieure à la normale…

En réponse à la décision de l’OMC, l’abandon des quotas par la Chine au profit d’un régime de licences ne va pas changer beaucoup de choses par rapport aux dix dernières années. En lieu et place d’un quota fixé par le gouvernement chinois, ce dernier sera seul maître de la délivrance ou non de licences aux producteurs de terres rares de son territoire. Reste à voir la réaction des pays s’étant plaints des quotas face à cette nouvelle mesure de contrôle…

John Seaman, chercheur à l’Institut français des relations internationales, préconise quant à lui de « trouver des approvisionnements en dehors de la Chine, utiliser ces minerais de façon plus efficace et leur trouver des substituts ». Et des projets pourraient voir le jour ! Dans le secteur de l’automobile, Toyota cherche à développer un moteur à induction (sans aimants et donc sans terres rares) pour ses voitures hybrides. Pour le secteur de l’énergie, General Electrics souhaite, mettre en place une turbine pour ses éoliennes, moins gourmandes en terres rares.

Au vue de la situation du marché des terres rares : raréfaction de la ressource, marché soumis à un monopole de l’offre et pollution de l’environnement, ne serait-il pas mieux de se passer de cette ressource encore peu utilisée il y a un peu plus de 10ans ?

Sources :
© http://www.greenit.fr/article/materiel/terres-rares-une-infographie-pour-tout-comprendre-5274#comments
© http://www.actu-environnement.com/ae/news/terres-rares-chine-quotas-exportation-arret-23616.php4
© http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/26/terres-rares-l-omc-denonce-les-quotas-chinois_4390186_3234.html
© http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0204055862002-la-chine-abandonne-les-quotas-sur-les-terres-rares-1080360.php
© http://www.courrierinternational.com/article/2014/04/01/la-fin-des-quotas-chinois
© http://www.geo.fr/environnement/les-mots-verts/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433
© http://www.actu-environnement.com/ae/news/procede-recyclage-terre-rare-lourdes-16657.php4
© http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/08/07/01008-20140807ARTFIG00254-une-methode-elegante-pour-recycler-les-terres-rares.php
© http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/10/17/le-recyclage-des-terres-rares-un-enjeu-strategique/
© http://quotidienne-agora.fr/2014/08/01/terres-rares-recyclage-neodyme/