La hausse du coût de l’électricité : épée de Damoclès des datacenters de l’Hexagone

Le rééquilibrage tarifaire souhaité par le nouveau PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, ne rassure pas les exploitants de datacenters présents sur le territoire français qui y voient un risque de forte hausse de leur facture énergétique.

L’année 2016 pourrait bien préfigurer le début d’une forte hausse du coût de l’électricité en France, point significatif pour les gros consommateurs tels que les datacenters. La semaine dernière, Jean-Bernard Lévy, alors PDG d’Électricité De France (EDF) depuis un mois, a fait savoir lors d’une audition devant les députés et sénateurs des commissions économiques qu’il souhaitait effectuer un rééquilibrage tarifaire. Pour défendre cette stratégie, il invoque le constat « qu’aujourd’hui des retards préoccupants sur les trajectoires réelles des tarifs sont importants par rapport à ceux convenus avec l’État ».

Stéphane Duproz, directeur général de TelecityGroup en France, vice-président du Comité des Exploitants de Salles Informatiques et Télécoms (CESIT) et vice-président de l’European Datacenter Association (EUDCA) a déjà fait part de son inquiétude. Il est revenu sur la loi de la Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité (NOME) votée en décembre 2010 qui a déjà laissé la facture d’électricité augmenter de 5% par an depuis sa promulgation, bien qu’il y ait encore jusque-là un cadre réglementaire !

L’inquiétude des exploitants de datacenters réside dans la puissance de raccordement au réseau électrique nécessaire à leur activité et surtout au coût que cela engendre. Alors qu’un ménage composé de particuliers n’a pas besoin de plus de 6 kelwatt (kVA) pour se raccorder (c’est le cas pour 70% des ménages français), des installations semblables aux datacenters nécessitent une puissance de raccordement de plus de 36kVA (pour plus d’informations techniques : @Cliquez icihttp://kelwatt.fr/guide/trente-six-kva@). Et c’est là que le bât blesse !

En effet, la loi NOME prévoit un arrêt des tarifs régulés pour les raccordements nécessitant une puissance supérieure à 36kVA à partir du 1er janvier 2016. Comme nous l’avons mentionné précédemment, avec un cadre réglementaire, l’augmentation était déjà de 5% par an depuis 2010. Sans cadre réglementaire et avec la volonté affichée par le PDG d’EDF, certains estiment qu’elle pourrait atteindre les 20% dans les 4 à 5 ans suivant la suppression de la régulation. De plus, Stéphane Duproz ne manque pas de rappeler que la facture d’électricité représente déjà un quart, si ce n’est un tiers, de la facture d’électricité d’un datacenter.

Afin de palier à cette hausse, des efforts Green IT seront à faire. En effet, en cherchant à optimiser la consommation énergétique de telles infrastructures, il serait possible de compenser en partie la hausse.

Des géants de l’IT s’attèlent déjà à la tâche, comme par exemple HP avec son micro-serveur : le Moonshot qui permettrait en moyenne de réduire de presque 89% les coûts énergétiques, selon Meg Whitman, le PDG. Facebook, Google et Apple, quant à eux, tentent de montrer la voie en augmentant la part d’énergies renouvelables dans l’apport en électricité de leurs datacenters (fermes d’éoliennes, parcs de panneaux photovoltaïques, etc.). Ce qui peut représenter un levier pour le développement de ces technologies et leur emploi dans ce contexte.

D’autres solutions sont avancées comme la mutualisation des infrastructures, qui divise les coûts d’installation et la facture énergétique. L’entreprise NetApp propose déjà, en collaboration avec VMware et Cisco, des solutions de « colocation » sécurisées pour les clients souhaitant s’assurer que leurs données ne seront pas à la vue de leurs « colocataire(s) ».

La hausse des tarifs pourrait donc s’avérer bénéfiques pour le Green IT et ses solutions. En effet, plus la hausse est forte et plus, qui sait, l’innovation dans le domaine sera prolifique ! Un contexte cependant bien regrettable …

En tous les cas, au regard des pays voisins, peu de crainte de délocalisation de datacenters dans des pays où l’électricité serait moins chère. En effet, cela ne s’est pas produit en Allemagne où les tarifs sont deux fois plus élevés qu’en France en raison de sa politique de sortie de l’énergie nucléaire. Croisons les doigts pour que l’Hexagone connaisse la même « chance »…

Sources :
© http://www.silicon.fr/les-datacenters-francais-inquiets-sur-le-reequilibrage-des-tarif-de-lelectricite-103053.html
© http://www.silicon.fr/green-amazon-promet-un-cloud-plus-ecoresponsable-102362.html
© http://kelwatt.fr/guide/trente-six-kva
© http://www.interxion.com/Documents/BriefingPapers/Colocation_Briefing_Paper.pdf