« La tragédie électronique », un documentaire qui en dit long !

Après son documentaire « Prêt à Jeter » réalisé en 2011, Cosima Dannoritzer continue sa saga sur le traitement des DEEE et met en lumière toutes les incohérences et aberrations d’un système désastreux à bien des niveaux.

Le traitement des Déchets d’équipements électriques et électroniques alias DEEE, un sujet qui semblerait être tabou tant il est oublié des gouvernements et du grand public. Tandis que plus de cinquante millions de tonnes de déchets sont produites chaque année dans le monde, aucune solution concrète n’a encore été mise en place alors même que la majorité de ces déchets s’accumulent et s’entassent dans des décharges clandestines à ciel ouvert en Afrique (Ghana, Nigeria…), Asie (Chine, Inde, Pakistan, Bengladesh…), ou encore en Amérique du Sud. C’est en partant de ce constat que Cosima Dannoritzer a réalisé le documentaire « La tragédie électronique ».



Le documentaire démarre à Agbogbloshie, dans la banlieue d’Accra, la capitale du Ghana, là où se terminait son précédent projet « Prêt à Jeter » traitant de l’obsolescence programmée. Il s’agit de l’une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde, décharge où échouent tous les ordinateurs, écrans ou encore imprimantes jugés trop obsolètes par les pays occidentaux.



Dans ce documentaire présenté hier soir sur Arte, on découvre l’envers du décor d’un trafic méconnu du grand public alors qu’il génère déjà plus de profit que celui de la drogue. En effet il faut savoir que tous les DEEE que nous jetons sont de véritables mines d’or, au sens propre comme au figuré. On peut y récupérer divers composants tels que le cuivre, le cadmium, mais aussi de l’or, de l’argent ou des terres rares grâce à un recyclage systématique de ces matériaux. Néanmoins, il semble que les pays occidentaux n’aient pas encore assimilé ce point ou du moins pas assez. Le reportage met en exergue le fait que 75% des déchets provenant des pays les plus développés disparaissent des circuits officiels de retraitement et finissent dans les décharges clandestines aux quatre coins du monde. C’est en entendant ces chiffres que l’on en vient à s’interroger. Comment est-il possible que ces tonnes de déchets toxiques continuent d’affluer vers ces décharges alors même qu’en mars 1989 près de 190 pays avaient ratifié le traité international pendant la convention de Bâle interdisant leur trafic ? La remarque du journaliste Ghanéen interviewé Mike Anane en dit d’ailleurs long sur la situation « Pourquoi mon pays est-il la poubelle des pays développés ? ».



Le tour du monde de la réalisatrice tente au fur et à mesure de lever le voile sur l’ampleur du marché où s’entremêlent « sociétés écrans », « système mafieux », et « trafic illégal », des mots que l’on n’a peu coutume d’associer aux déchets. Et pourtant, ce marché parallèle s’occupe de nos DEEE et en tire profit au détriment des populations les plus pauvres. En effet, c’est dans des conditions déplorables que sont extraits les minerais précieux. Aucune règle, aucun encadrement n’est mis en place. Des risques sanitaires élevés alors même que la majorité des « travailleurs » se révèlent être des enfants. Lorsque l’on sait que les recettes des éco-participation que nous payons lors de l’achat d’un produit IT s’élève à environ quatre milliards d’euros par an, le constat est aberrant. Les taxes sont à l’origine prévues pour financer des usines de recyclage, usines dîtes comme fonctionnant en « sous-régime » alors même que le taux de DEEE ne cesse de s’accroître. Le documentaire montre également par le biais d’une étude réalisée en Espagne que trois appareils électroniques sur quatre ne finissent pas comme prévu dans une usine de recyclage agréée puisqu’ils sont détournés et disparaissent sur des marchés parallèles, ferrailleurs ou déchetteries clandestins.



Le reportage nous amène donc à nous interroger sur les « coupables ». Or là aussi le constat est désolant, car en plus du traité de Bâle, mentionné précédemment, l’Europe a renforcé sa législation en 2012 en matière de recyclage, mais sans doutes pas assez pour faire bouger les choses. Les cargos continuent d’affluer vers Hong Kong sans qu’un véritable contrôle, faute de moyens, ne soit effectué. Les marchandises sont volées avant d’atteindre les centres de recyclage et les fraudeurs arrivent même à se faire payer deux fois en récupérant et en revendant. Notons aussi que les Etats-Unis, qui est pourtant le premier producteur de DEEE au monde, n’a pas signé la convention de Bâle et ne fait rien pour améliorer les choses puisque aucune règle n’est appliquée.



Le documentaire conclut en pointant du doigt tout un système dont nous sommes les principaux acteurs. En effet, alors même que les médias ne cessent de parler de crise, il se trouve que la vente de produits et gadgets IT n’a jamais aussi bien marché ! Cosima Dannoritzer finit donc sur ce constat « Ne peut-on pas réparer, recycler ces produits ? Ne peut-on pas produire moins de déchets ? On ne cherche pas à savoir ce que deviennent vraiment nos déchets. Loin des yeux, loin du cœur. »









Sources :

http://future.arte.tv/fr/la-tragedie-electronique

http://www.lemonde.fr/

http://www.lepoint.fr/

http://www.journaldugeek.com/