La triste réalité des serveurs « zombies »

Alors que les exploitants de datacenters cherchent à réduire leurs coûts d’exploitation et que les fabricants de serveurs rivalisent d’ingéniosité pour réduire la consommation énergétique de cette catégorie d’équipement, une problématique de taille vient d’être soulevée par une étude de l’Université de Stanford : la non-utilisation de serveurs pourtant toujours branchés qui consommeraient donc de l’électricité…pour rien.

Pour tout utilisateur de nouvelles technologies, il est quasiment impossible de se soustraire aux datacenters. En effet, l’utilisation d’un réseau social, le fait de posséder une boîte mail ou même l’emploi d’un prestataire via des logiciels Saas, sont autant de services faisant appel à des serveurs qui stockent et traitent ces données.

Pour répondre à cet essor, les exploitants de datacenters ont tâché d’équiper leurs structures de serveurs puissants permettant de palier à cette demande exponentielle. Toutefois, ce développement massif a fait naître une problématique de taille : l’intensification de la consommation énergétique liée au fonctionnement et refroidissement de ces structures. En effet, une « ferme » peut atteindre plusieurs centaines de m², ce qui représente un nombre important de serveurs ! De ce fait, l’enjeu relatif aux coûts d’exploitations est très important. Il fait l’objet d’une attention toute particulière des exploitants qui cherchent à réduire leurs factures énergétiques ainsi que des fabricants de serveurs qui souhaitent se démarquer de la concurrence en proposant des serveurs plus sobres énergétiquement (cf. articles précédents ici et ici ).

De ces réflexions, est née une volonté d’orienter l’exploitation de ces structures vers des process plus respectueux de l’environnement. Le Green IT permet ici de dégager d’un côté des avantages financiers grâce à de précieuses économies sur la facture énergétique et de l’autre, de réduire son impact carbone utilisation sur l’environnement avec des hardwares plus sobres en consommation ou bien un système de refroidissement plus performant. Sur ce dernier point, des progrès techniques sont d’ailleurs observables et pourraient bien lentement remplacer le traditionnel système « CRAC » (pour Computer Room Air Conditionning ). Ce dernier consistant en un dispositif de surveillance qui contrôle et régule la distribution d’air, d’humidité et donc la température au sein du datacenter. Les nouveaux systèmes se veulent plus économiques et surtout plus simples. Avec un fort développement prévu pour la prochaine décennie, on compte parmi eux le refroidissement par eau réfrigérée ou bien le refroidissement par air extérieur (free cooling) qui donnent actuellement des implantations de centres de données réfléchies dans des zones réputées pour leur exposition aux vents ou bien leur proximité avec un point d’eau.

En clair, c’est une volonté commune de lutter contre des problématiques identifiées, tant sur le plan économique qu’environnemental, via la baisse de la consommation énergétique des datacenters. Or une nouvelle problématique a été soulevée récemment sur la gestion des impacts de ces équipements, révélant un autre aspect de leur administration à ne pas négliger (cf. étude ). Publiée ce mois-ci par l’Université de Stanford la publication pourrait bien rebattre les cartes, elle relance en effet un sujet déjà traité mais peu relayé, relatif à l’utilisation effective des serveurs.

Ses auteurs, Jonathan Koomey et Jon Taylor, ont déterminé à 30% la part de serveurs de datacenters inactifs sur le sol américain, soit 3,6 millions de serveurs qui resteraient branchés malgré leur inactivité d’au moins 6 mois. À l’heure actuelle, cela représenterait un gaspillage de 30 milliards de dollars annuellement pour le pays. Pire, toujours sur le cours d’une année, l’étude a permis de montrer que seuls 6% de la puissance de calcul d’un serveur étaient réellement sollicités ! En parallèle, une analyse de l’ONG américaine Natural Resources Defense Council a évalué à 40% la réduction possible de la consommation électrique des datacenters aux États-Unis grâce à l’adoption de mesures d’efficacité énergétique et au retrait des serveurs « zombies » inutiles.

L’étude de Koomey et Taylor souligne ainsi une lacune conséquente qu’il serait urgent de prendre en compte. En effet, en extrapolant l’étude, ce serait 10 millions de serveurs « zombies » (dont les 3,6 millions américains) qui resteraient branchés dans le monde sans avoir une quelconque utilité. Cela traduit donc une exploitation encore très imparfaite des datacenters à laquelle il est important de remédier afin de limiter le gaspillage financier et énergétique ! En effet, les exploitants de datacenters découvrent là une nouvelle voie d’économies possibles. Les fournisseurs d’électricité des pays d’implantation de ces fermes y voient aussi la possibilité de mieux appréhender le besoin d’investir dans le réajustement de leur offre à travers la réhabilitation de leurs centrales électriques, ou plus directement en atténuant la nécessité d’en construire de nouvelles. Enfin, d’un point de vue environnemental, ce serait l’occasion de réduire l’impact carbone des datacenters qui contribuent au réchauffement climatique.

En définitif, un réajustement du nombre de serveurs en fonctionnement et une meilleure utilisation de leur puissance est à prévoir pour un bénéfice financier et environnemental qui ne profitera pas seulement aux exploitants de datacenters mais à la Société dans son ensemble !

Sources :
© http://www.silicon.fr/serveur-sur-trois-inactif-cout-datacenter-119826.html
© http://www.computerworld.com/article/2937408/data-center/1-in-3-data-center-servers-is-a-zombie.html
© http://anthesisgroup.com/wp-content/uploads/2015/06/Case-Study_DataSupports30PercentComatoseEstimate-FINAL_06032015.pdf
© http://www.lemagit.fr/actualites/4500243860/Cyres-convertit-un-entrepot-frigorifique-en-datacenter
© http://www.lemagit.fr/actualites/4500248484/Datacenter-de-nouveaux-systemes-de-refroidissement-emergent
© http://switchboard.nrdc.org/blogs/pdelforge/new_study_americas_data_center.html