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Le coup d’arrêt du recyclage des terres rares

Alors que le monopole chinois d’extraction des terres rares rend précaire leur approvisionnement, l’une des rares alternatives responsables présentes en France connaît un revers regrettable. En effet, le site de recyclage de terres rares de Solvay-Rhodia fermera ses portes dans le courant de l’année 2016, alors qu’il s’agissait du seul centre de recyclage dans le domaine en France.

Les terres rares sont devenues en moins de dix ans une ressource critique dont l’approvisionnement est indispensable pour beaucoup d’industriels. Que ces derniers travaillent dans l’automobile, les énergies renouvelables ou les nouvelles technologies, le scandium, l’yttrium comme l’un des 15 lanthanides, est devenu irremplaçable au vu de ses caractéristiques avantageuses.

Toutefois, cette dernière décennie n’a pas connu uniquement une recrudescence de la demande, elle a aussi dû faire face à une prise de position de la Chine comme producteur incontestable de terres rares au niveau mondial. Nous vous avions d’ailleurs déjà parlé des quotas que le pays avait imposés aux demandeurs et des enjeux géopolitiques que cela avait induit. Dans ce contexte de stress où l’Offre était bien inférieure à la Demande, contribuant par ailleurs à une hausse vertigineuse des cours sur l’année 2010, des alternatives ont été recherchées afin de contrer les risques de pénurie.

C’est ainsi que le recyclage s’est retrouvé sur le devant de la scène. Le Japon a ouvert la voie en s’intéressant à ses mines urbaines (ou décharges), dans lesquelles l’Institut National des Sciences des Matériaux estime à 300 000 tonnes le gisement disponible de terres rares. Le pays compte ainsi quelques multinationales qui s’attèlent à cette tâche coûteuse, telles que Mitsubishi Electric qui recycle les terres contenues dans ses climatiseurs ou bien Honda, décidée à les récupérer dans les batteries de ses véhicules hybrides.

Outre le Japon, pouvant être qualifié de pionnier dans le recyclage des terres rares, la France a aussi eu la volonté de lancer sa propre filière. Ainsi, en 2012, Rhodia, groupe industriel français spécialisé dans la chimie, a créé un partenariat avec Récylum, éco-organisme spécialisé dans la collecte et le recyclage des lampes usagées, afin de recycler les terres rares contenues dans ce type de produits. Basés à La Rochelle et Saint-Fons, les deux usines de l’industriel œuvraient conjointement à la récupération des terres rares dans les lampes usagées afin de les revendre par la suite dans un état aussi pur qu’après la première extraction. Un bon début pour cette filière qui aurait pu gagner les équipements électroniques.

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Crédit photo : http://www.usinenouvelle.com

Toutefois, différents changements de situation n’ont pas permis de pérenniser la démarche. En effet, au moment du lancement du projet, la forte hausse des cours de 2010 et 2011 et les prévisions de resserrement des exportations chinoises, offraient un contexte favorable au procédé mis en place par Rhodia, et surtout à son coût de lancement de quinze millions d’euros.

Cependant, de nos jours, outre la fin des quotas chinois, maintenant remplacés par des licences d’exportation, la baisse des cours depuis 2012 a lésé la rentabilité du procédé. En effet, la baisse des coûts d’importation de ces ressources s’est maintenue sous la barre du seuil de rentabilité des usines de retraitement françaises, rendant caduc leur modèle économique

D’où la décision de Rhodia, fin janvier, d’arrêter ses activités de recyclage de terres rares de ses usines de La Rochelle et Saint-Fons d’ici à la fin de l’année 2016.

Ce revers souligne ainsi la difficulté de créer une filière de recyclage des terres rares viable. Le marché mondial des terres rares, difficilement prévisible, risque de rester longtemps sous l’hégémonie chinoise pour ce qui est de son extraction (97% des exportations proviennent du pays !). De plus, au-delà de l’utilisation d’une matière non  renouvelable qui finira par s’épuiser, les conséquences environnementales et sociales de l’extraction de terres rares sont identifiées (infertilité des sols, cancer des paysans vivant aux alentours des sites, etc.) et peu enviées par les pays occidentaux préférant importer, plutôt que d’exploiter, les populations étant plus averties.

Difficile, donc, à l’heure actuelle, de se passer de ces terres rares et de s’en procurer de « seconde main ». Toutefois, en dehors de l’étape d’extraction où la marge de manœuvre est quasiment nulle pour le consommateur, se tourner vers des appareils reconditionnés, dans le cas de l’IT, est déjà un bon moyen de prolonger le plus longtemps possible l’usage des terres rares extraites et incorporées dans nos équipements. Ce qui, dans une moindre mesure, permet de limiter le besoin d’en extraire de nouvelles et donc les impacts que cela induit.

Crédit photo : http://www.lesechos.fr