Le marché du logiciel d’occasion, une bulle d’air budgétaire et environnementale ?

En juillet 2012, un arrêté de la Cours de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a fait jurisprudence en autorisant la revente de certains types de licences de logiciels. Depuis des entreprises spécialisées dans le B2B en ont fait leur activité principale. Mais quel est l’intérêt pour une entreprise de s’orienter vers ce type de services ?

A l’origine, tout part d’un litige entre UsedSoft et Oracle. Le premier revend à très bas coûts des licences d’utilisation de logiciels du second, ce qui n’est pas du goût de l’éditeur qui décide alors de saisir la CJUE pour pratique commerciale anti-concurrentielle par le biais d’une question préjudicielle : Peut-on revendre des licences d’occasion ? Dans l’affirmative, les licences acquises en téléchargement sont-elles également valables ? S’ensuit alors une décision qui fit date dans le secteur du numérique.

En effet, la CJUE décida de donner un cadre légal à l’activité d’UsedSoft et donc à travers cette décision de faire jurisprudence en la matière en rédigeant un arrêt datant du 3 juillet 2012, qui permet depuis lors de commercialiser (ou plutôt « re-commercialiser ») différents types de licences. Les OEM, ces licences attachées au hardware (et dans la mesure où elles sont conjointement vendues à celui-ci), les licences en boîte, c’est-à-dire incorporées à un support physique et enfin les licences en volume (téléchargeables). Toutefois, sont proscrites les licences en location, provisoires, les contrats de service et enfin celles de type Saas.

Ainsi, cette jurisprudence a permis la naissance d’entreprises qui se sont spécialisées dans ce commerce. Avec un marché en devenir, le Royaume-Uni et l’Allemagne semblent être les deux pays qui s’en sortent le mieux (cf. rapport du Cigref et Softcorner), mais la France n’est pas sans reste. En janvier 2014, une entreprise hexagonale, SoftCorner , a vu le jour, et assiste depuis les entreprises dans le nettoyage de leur catalogue de licences parfois encombré par certaines de ces dernières devenues inutiles.

En effet, c’est là que réside l’intérêt de la naissance d’un tel business pour les entreprises. Selon le rapport Cigref, entre 20 et 40% des budgets IT d’une entreprise sont dédiés aux logiciels. Ce qui rend de plus en plus difficile la tâche du Directeur des Systèmes d’Informations (DSI) qui doit jongler entre pression budgétaire, risque de non-conformité et complexification des modèles de commercialisation. Avec le marché secondaire, le DSI a maintenant la possibilité de revendre des licences n’ayant plus d’utilité dans l’entreprise ou à l’inverse, trouver sur ce marché des logiciels qui ne sont plus disponibles sur le marché primaire et surtout à des prix moindres, bien qu’un logiciel ne s’use pas dans le temps !

Résultat : la possibilité de revendre des logiciels devenus inutiles permet de dégager un léger revenu et surtout de décongestionner la mémoire vive d’un ordinateur, voire même d’un serveur lorsque le logiciel est désinstallé. Un gain cumulé en argent et en performance. Surtout lorsque l’on sait qu’une nouvelle version d’un logiciel est généralement plus gourmande en puissance nécessaire pour l’utiliser, ce qui peut accélérer la rapidité de remplacement d’un équipement IT trop sollicité ou obsolète par rapport au logiciel. Le DSI peut ainsi gérer efficacement son parc d’actifs en ayant un contrôle autant du côté de l’hardware que du software. Avec cette possibilité d’équilibrer entre besoin de l’entreprise, capacité de l’équipement et offre sur le marché secondaire de logiciels, la conservation des actifs IT dans le temps est favorisée, ce qui repousse le replacement coûteux de ce type d’équipement (surtout quand le parc comptent des centaines, voire des milliers d’actifs).

Indirectement, la CJUE a permis, grâce à cet arrêt, de limiter l’impact environnemental des services IT qui ont maintenant un nouveau point de vue leur permettant d’allonger la durée de vie de leur parc et donc éviter de générer tant et plus de DEEE.

Sources :
© http://www.journaldugeek.com/2012/07/04/cjue-la-vente-de-logiciel-doccasion-est-legale/
© http://www.cigref.fr/wp/wp-content/uploads/2014/12/CIGREF-Marche-secondaire-logiciels-Softcorner.pdf
© http://www.silicon.fr/logiciel-occasion-cigref-softcorner-dsi-103794.html
© http://www.greenit.fr/article/logiciels/softcorner-des-economies-grace-aux-licences-logicielles-d-occasion-5409