Le numérique est-il plus écologique ?

Que ce soit pour nos factures, les livres que nous lisons ou l’utilisation massive du web comme source d’information le numérique prend une part toujours plus importante dans nos habitudes, il est présenté comme plus respectueux de l’environnement, est-ce totalement le cas ?

Depuis quelques années les entreprises vendent le document électronique comme la bonne action en faveur de l’environnement : réduction des émissions carbone ou encore baisse de la consommation de papier, ce qui lutte en faveur de la déforestation. Certaines personnes comme Luc Poupard web designer, intégrateur, chef de projet et aspirant qualiticien web se sont intéressées à l’impact de la dématérialisation sur l’environnement.

L’association à but non-lucratif Paris-Web dont le but est de promouvoir le développement web de qualité au sens large : standards, normes, accessibilité, ergonomie et méthodes de conception organise des conférences tous les ans en ce sens. Le sujet étant vaste, elle s’adresse aux étudiants comme aux experts, aux techniciens comme aux décideurs, aux créatifs comme aux qualiticiens.

En octobre dernier, durant la conférence Paris Web 2014, Luc Poupard ainsi mis le doigt sur une vérité bien souvent ignorée. Selon ses mots, la dématérialisation des factures entraine « des milliers de serveurs connectés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, consommateurs permanents d’énergie. Mais internet et les TIC, ce ne sont pas que des serveurs. Ce sont aussi nos ordinateurs et tous les périphériques associés ainsi que nos téléphones. Autant d’appareils qu’il faut produire, consommateurs d’énergie pendant leur utilisation et qui terminent très souvent leur vie dans une décharge… Bref, un cycle de vie très loin d’être neutre pour l’environnement ».

L’impact de la dématérialisation sur l’environnement apparaît ainsi considérable. Néanmoins, il est, comme souvent, question du type d’utilisation. Une facture électronique si elle n’est pas imprimée et si elle est consultée sur un temps court, est alors moins impactante qu’une facture papier. A l’inverse, d’après une étude sur le cycle de vie d’un email réalisée par le groupe Ecolnfo du CNRS « dès que la facture numérique est régulièrement imprimée (1 fois sur 3) son avantage environnementale sur la facture papier devient discutable ».

L’envoi d’un email suit, en effet, différentes étapes qui sont consommatrices d’énergie :
– Création de la facture par le fournisseur de service, sauvegarde, création de l’email et envoi ;
– Réception de l’email par le prestataire mail (Gmail, Orange, etc.) et consultation ;
– Consultation de la facture sur le site du fournisseur de service (banque, opérateur web ou téléphone) ;
– Téléchargement en PDF ;
– Archivage sur l’ordinateur et/ou impression.

D’après le site Kaizen, ses différentes opérations, calculées pour un utilisateur unique, auront engendrées une consommation de 36,5 Wh. Sachant qu’avec 1000 Wh on peut regarder la télé durant 3 à 5h ou encore faire fonctionner un frigo une journée entière, cela est conséquent.

Cela est bien sûr sans considérer, l’impact environnemental de la production, distribution et fin de vie des différents équipements informatiques. Ils engendreront notamment une consommation énergétique, la consommation de ressources telles que l’eau, les terres rares, et l’émission de nombreux polluants.

Concernant le papier, ce dernier entraîne une consommation d’eau et des émissions carbone importantes principalement lors de sa phase de production. Si on observe l’analyse de son cycle de vie (ACV), l’extraction des matières premières (déforestation), la production du papier en usine (consommation d’eau), le transport vers les distributeurs, l’impression du courrier, son envoi, on constate que chacune des étapes impacte significativement son empreinte carbone.

Ainsi, du côté du numérique les problèmes les plus préoccupants s’avèrent concerner l’écoconception des équipements, les matières premières nécessaires à la fabrication des outils informatiques : smartphones, ordinateurs, tablettes, étant actuellement peu recyclées et la problématique de l’obsolescence programmée étant plus que jamais d’actualité. On considère également la consommation d’énergie nécessaire tant dans la phase de fabrication que dans la phase d’utilisation. A l’inverse, pour un courrier papier la consommation d’énergie est importante à la production mais devient nulle à l’utilisation.

Finalement, il n’y a pas ici de solutions responsables en tout point, le choix réside dans le type d’utilisation qui est fait de l’une et l’autre. D’une part, la manière de se comporter face au papier courrier en réduisant son utilisation, en démocratisant le recyclage du papier et sa réutilisation, et d’autre part en adoptant pour le numérique une attitude responsable en développant les technologies au service du Green IT tels que les Data Center éco-conçus, utilisant les énergies renouvelables pour leurs fonctionnements.

Sources :
©http://www.paris-web.fr/2014/conferences/internet-et-les-tic-pas-tres-ecologique.php
©http://www.kaizen-magazine.com/le-numerique-cest-plus-ecologique/
©http://www.60millions-mag.com/actualites/articles/la_facture_electronique_nbsp_si_je_veux_nbsp