• #Art
  • #itforgreen
  • #numeriqueresponsable
  • #robotique

Le numérique responsable, nouveau vecteur artistique ?

L’art utilise les outils de son temps pour passer des messages et susciter l’émoi. Choquant, dérangeant et esthétique, il est polymorphe. L’ère digitale fournit un panel d’outils high-tech permettant d’explorer ces nouvelles voies de communication. Les enjeux environnementaux et sociaux font aussi partie des principaux sujets abordés par les artistes. L’art est-il le tremplin du numérique responsable ? Eléments de réponses.

Donner accès à l’art au plus grand nombre

« Les musées ne touchent que 50% de la population », constate Bruno Monnier, dirigeant de Culturespaces. L’un des freins à la diffusion de l’art : les musées sont considérés comme ennuyeux, froids ou réservés à un public connaisseur. Pourtant, les messages que portent les artistes se veulent universels. Bruno Monnier veut développer la « culture plaisir », en faisant du musée un lieu d’interactions ludiques. Le résultat prend la forme du premier centre d’art numérique de Paris, L’Atelier des Lumières. Le visiteur est immergé dans l’univers de Klimt durant 40 minutes, grâce à 3000 images en mouvement. Jusqu’au 11 novembre les adeptes, comme les novices, pourront prendre goût à l’art dynamique. La dimension universelle de l’art pousse les artistes tels que Toshikyuki Inoko, à créer des espaces collectifs pour « se rappeler que l’art n’a pas de frontières ». Le musée TeamLab à Tokyo, concrétise ce souhait en proposant une immersion dans des installations en perpétuel changement, interagissant avec le visiteur à travers des activités ludiques telles que s’envoler dans l’espace en sautant sur un trampoline. L’explorateur traverse cinq univers distribués dans 10 000 m², transformés grâce à 520 ordinateurs et 470 projecteurs. De quoi en mettre plein les yeux avec un art numérique et attractif ! Mais un voyage pour Tokyo n’est pas à la portée de toutes les bourses. L’obstacle géographique freine à la diffusion de l’art. L’Universal Museum of Art (UMA), un projet issu de La French Tech, répond à cet enjeu avec un musée 100% numérique, à visiter depuis son ordinateur, sa tablette ou son casque de réalité virtuelle. Le projet vise à donner accès à l’art au plus grand nombre, mais également à préserver les pièces fragiles ou les lieux difficiles d’accès. Il rassemble les chefs d’œuvre du monde entier dans un espace virtuel, en les accompagnant d’une explication détaillée. Un bon moyen pour apprivoiser l’univers des musées et qui sait, sauter le pas de la visite réelle ! Cerise sur le gâteau : c’est gratuit.

Crédit photo : openminded

Le numérique comme run art pédagogique

Au Moyen-Âge, les fidèles apprenaient l’histoire de la Bible grâce aux images répondant à la problématique de l’illettrisme. Sa mission pédagogique est toujours d’actualité, elle se sert désormais des outils high-techs pour la concrétiser. Les géants des télécommunications s’emparent du filon, comme la Fondation Orange en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, avec une exposition virtuelle pour un Voyage au cœur de l’évolution. Le visiteur y découvre l’arbre du vivant, les liens de parenté entre espèces, l’origine de la vie et l’influence des humains sur l’environnement. Démocratiser le savoir grâce au numérique et pousser à s’interroger sur son impact, deux idées réunies par l’art digital. Certains parents considèrent les musées comme des lieux réservés aux adultes. Une fois encore, l’apport du numérique dément cette idée reçue. La Gaîté Lyrique offre une exposition pour les 3 à 103 ans autour de la nature. Capitaine futur et la supernature entend reconnecter l’enfant à la nature et l’éveiller aux enjeux environnementaux. Il suit Capitaine futur à bord de son vaisseau rebondissant, traversant les paysages surnaturels du Wild Wild Web où machines, villes et êtres vivants s’imbriquent dans des forêts cybernétiques. Un moyen récréatif d’apprendre, de s’éveiller à l’art et au respect de la nature, un projet artistique numérique responsable !

Interroger les problématiques high-techs par l’art

N’oublions pas que l’une des missions de l’art est d’interroger l’observateur sur la société dans laquelle il évolue. L’ère digitale surgie dans les œuvres sous diverses formes. L’artiste Elise Morin, rencontrée par notre équipe l’an passé, utilise les Déchets des Équipements Électriques et Électroniques (DEEE). L’observateur est face à des œuvres gigantesques ou minuscules, mêlant poésie et dure réalité, poussant ce dernier à s’interroger sur les paradoxes de son existence. Chacun y trouve son interprétation, sa morale s’il le souhaite, l’aspect abstrait laissant libre cours à l’imagination. Au-delà de questionner les visiteurs, les œuvres se créent grâce à un travail collaboratif, réunissant des personnes de divers horizons professionnels, cultures et expériences. L’art pour réunir et partager des notions universelles, tout en utilisant les déchets de l’IT, une belle manière de revaloriser des DEEE ! L’accumulation des déchets de l’ère numérique est un enjeu à l’importance croissante. L’Intelligence Artificielle (IA) est également sujet à débat. Largement exploitée dans les médias, cette question reste emprunte d’incertitudes, d’idées reçues et de fantasmes de fin du monde. L’exposition Artistes et Robots proposée par le Grand Palais, met en avant l’impact des robots dans l’art, de la production d’œuvres à la conservation, en passant par la diffusion. Le rôle de l’IA y est exploité sous toutes ses formes. Les œuvres exposées sont créées par des artistes aidés de robots, qu’ils soient machines ou virtuels, elles interagissent avec le visiteur et posent la question épineuse : peut-il y avoir une créativité artificielle ? Un bon sujet de débat lors des prochains pique-niques !

Crédit photo : lemonde

Le numérique responsable apporte à l’art une nouvelle dimension et un rayonnement accru. La vulgarisation, l’accès, le questionnement, lui donnent l‘universalité tant convoitée. Mais l’art utilise également les outils high-techs pour s’interroger sur notre société, ses modes de consommation, son impact sur l’environnement et les autres parties du monde. Une relation qui va dans les deux sens et se complète. À croire que le numérique et l’art forment le couple idéal ? En tous cas, vous avez désormais de nombreuses activités pour vous éveiller durant les ponts de mai !

Juliette Bernier