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Le streaming, l’ogre énergivore du numérique.

Au rythme des études, des articles et autres papiers, l’impact néfaste du monde digital se dessine. Energivore au même titre que l’aviation civile, le numérique alarme entreprises, Etats et citoyens sur ses risques environnementaux. La récente parution du rapport du GIEC, alertant sur l’évolution du climat, n’a fait que confirmer cette tendance. Parmi les postes de consommation les plus énergivores, le streaming arrive bon premier. Le retour aux VHS est-il inévitable ?

Pas de CD pour moins d’impact ?

L’idée de dématérialiser la vidéo (cassettes, DVD, CD-Rom, etc.) était de permettre d’extraire moins de ressources. Un succès ? Pas si sûr. Le visionnage de vidéos en ligne (streaming) nécessite de passer par des centres de stockage de données, les datas center, et génère un flux énergivore. La multiplication des vidéos en ligne, parallèlement à celle des spectateurs engendre une hausse de la demande de flux et de disponibilité de la donnée. Or les data center sont bien réels et consomment de l’énergie, de l’espace, ainsi que des ressources rares, nécessaires aux équipements (notamment les serveurs). Le visionnage en ligne n’est pas la meilleure alternative lorsque l’on souhaite regarder un contenu audiovisuel. D’après la récente étude publiée par The Shift Project, la consommation énergétique du secteur numérique augmente de 9% par an. Si les causes de cette croissance sont diverses (multiplication des terminaux, accroissement du nombre de personnes ayant accès aux équipements IT, digitalisation globale des sociétés), les nouveaux modes de consommation sont les plus impactants. Parmi eux, le streaming qui représentait déjà 63% du trafic internet en 2015 et devrait atteindre 80% en 2020.

Crédit photo : Clicking clean 2017

L’entreprise reine en la matière, Netflix, comptait pour 1/3 du trafic internet nord-américain en 2017 et pour 10% du trafic français. Les conséquences se ressentent sur la répartition de la consommation électrique de l’IT, les équipements sont moins énergivores, mais l’utilisation qui en est faite compense cette avancée technique. YouTube et Netflix sont les principaux médias de visionnage streaming, mais leur stratégie environnementale diverge.

Depuis 2009, Greenpeace suit l’évolution du monde de l’IT, en évaluant principalement le mix énergétique des entreprises du secteur et leur degré de transparence. Ce recul permet d’établir des schémas d’évolution à moyen-terme. Selon le classement établi par l’ONG, le Clicking Clean 2017, YouTube est seule en tête dans sa catégorie streaming, avec la note de A, Netflix obtient un D, dû à son mix énergétique composé à 17% d’énergies renouvelables et son manque de transparence. Au-delà du mix énergétique, ces entreprises ont peu de poids quant à leur impact. Si elles peuvent faire le choix de la source utilisée pour alimenter leur data center, elles ne gèrent pas le flux de leurs utilisateurs. Bien qu’elles poussent à la consommation de vidéos, elles ne sont pas derrières nos écrans et ne cliquent pas à notre place (pour le moment !).

Crédit photo : Willingness

Il est tentant de s’adonner au binge watching (fait de regarder des vidéos à la suite de façon exagérée, traduit littéralement par une boulimie de visionnage). Netflix pousse certainement à cette pratique en enchaînant automatiquement les épisodes des séries disponibles les uns à la suite des autres. Difficile parfois de stopper ce visionnage lorsque que l’intrigue bat son plein et que l’on a seulement une poignée de secondes pour réagir (souvent entre 5 et 15). Arrêter sa série est donc une question de volonté et de raison. D’après The Shift Project, regarder des vidéos en ligne consomme 1 500 fois plus que produire un smartphone. Être un “écolo convaincu” ne pourrait donc pas se coupler au visionnage de vidéos en ligne tout azimut. L’usage est d’autant plus important à maitriser, que le nombre de spectateurs est en forte croissance. Si actuellement, les Etats-Unis représentent la région la plus gloutonne en matière de streaming, les puissances émergentes telles que l’Inde ou l’Asie voient leurs classes moyennes accéder aux services digitaux et par conséquent à la vidéo en ligne. Les hébergeurs de vidéos ne pousseront pas à la sobriété de consommation. Mais peut-on compter sur les animateurs de ces réseaux pour épauler et sensibiliser les consommateurs ? Il semble que plusieurs Youtubeurs se soient emparés du sujet. Notamment Docteur feuillage, ou La barbe, qui cherchent à informer les internautes sur l’impact environnemental et social de leurs comportements numérique. Utiliser les vidéos en ligne pour éveiller les consciences quant aux aspects négatifs du streaming n’est pas antinomique. Cette démarche s’inscrit dans une optique d’utilisation des plateformes en cherchant à responsabiliser, ou plus humblement diversifier, les contenus afin de faire évoluer les mentalités. Partant du principe que la démarche est plus efficace lorsqu’elle se développe depuis l’intérieur pour changer un système de fonctionnement, les vidéos en ligne de ces acteurs font sens.

Le bilan rapporté par le Shift Project et les perspectives du GIEC sur l’état et l’avenir du climat sont alarmantes. Bien que la situation soit mal engagée, il n’est pas trop tard pour agir. Si l’on ne sait pas encore construire d’équipements IT sans métaux rares tels que le tantale ou l’étain, nous pouvons agir sur nos comportements. Le mieux serait de s’inscrire dans une démarche de décroissance et de low-tech. Des alternatives existent pour un impact positif, ou moindre, sur l’environnement. Limiter son temps de visionnage en ligne, choisir des contenus plus qualitatifs.
(pour allier sortie, lien social et divertissement.). Débranchez, ça chauffe !

Crédit photo : HealersLibrary

Juliette Bernier

Sources photo de couverture : Geeko