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L’économie digitale est-elle responsable ?

L’avènement du numérique a créé une nouvelle forme d’économie : l’économie digitale. Le secteur financier, des banques aux investisseurs, s’est numérisé pour favoriser la rapidité des échanges et la globalisation du marché. Fustigée pour son opacité, l’économie digitale rythme notre société, impacte les citoyens et l’environnement. Mais cette jeune économie est-elle responsable ?

Digitalisation de la finance pour plus de traçabilité

L’économie digitale fluidifie les échanges entre pays et secteurs économiques mais engendre une perte de traçabilité. Difficile de savoir où est son argent et comment il est utilisé par les banques. Le temps des coffres forts remplis de billets est révolu. Ils ont été remplacés par des suites de chiffres sur des fichiers de comptes numériques.

Des agences de notations extra-financières, telles que Mirova, proposent d’orienter les investisseurs vers des entreprises plus responsables en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Les investisseurs, ou traders, en salle de marché ont les informations nécessaires pour acheter, ou non, des parts dans une entreprise cotée en bourse selon son niveau de maturité RSE. Si cela participe à l’amélioration générale des entreprises en matière de RSE, le problème de la transparence n’est pas résolu.

Investir dans une entreprise n’équivaut pas à financer un projet.  La Banque Mondiale, agence spécialisée de l’ONU, accorde des prêts finançant des projets dans les pays en voie de développement via l’émission d’obligations à hauteur de 50 à 60 milliards de dollars par an. La Banque Mondiale a fait appel à la blockchain pour garder une trace des transactions et pallier leur falsification. De plus, cette technologie permet de réaliser des économies de frais de gestion en supprimant des intermédiaires et attire de nouveaux investisseurs en les rassurant via cette transparence. Cette e-obligation, nommée « Bond-i » pour Blockchain Operated New Debt Instrument, est opérée par la solution Cloud de Microsoft et participe à la tenue des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

Crédit photo : Rosemees

Devenir acteur de l’économie et du monde de demain

La digitalisation de l’économie fait émerger de nouveaux acteurs. Grâce au financement participatif, ou crowdfunding, le grand public peut soutenir un projet. De nombreuses plateformes se sont développées pour rendre cette économie solidaire possible. Le financement participatif numérique permet de toucher un nombre de personne plus large. Plutôt que de laisser la banque gérer l’argent à sa place, tout un chacun devient acteur du changement en participant au développement d’un projet et en vivant au plus près sa croissance. Ce type de financement permet de fédérer une communauté, instaure un dialogue entre les parties prenantes et augmente l’investissement personnel dans la cause, tout en participant au rayonnement de la notoriété de l’entreprise ou du projet. La solidarité a des résultats inattendus comme a pu l’expérimenter récemment le constructeur de smartphone durable Fairphone. L’entreprise hollandaise a opéré une levée de fonds de 2,5 millions d’euros via le financement participatif. Au départ, la société espérait atteindre 1 million d’euros, l’objectif est largement dépassé grâce aux investissements de 1 827 personnes. Avec cet argent, l’entreprise souhaite atteindre deux objectifs : vendre 150 000 Fairphone 2 par an (contre 25 000 aujourd’hui) et sécuriser son approvisionnement en minerai responsable. Fabian Hühne, chargé de la communication de la marque, confirme cette démarche : « Le travail de recherche, qui a été conséquent, doit nous permettre de connaître l’origine exacte de chaque substance ». Dès lors, il devient possible de soutenir une entreprise, un projet ou un équipement durable et responsable, via la digitalisation des plateformes de financement.

Le numérique : porteur de marchés

Le dynamisme de cette économie digitale permet l’essor de secteurs tels que les énergies renouvelables ou encore l’art ! Selon la dernière étude Bloomberg NEF parue en août 2018, la part des investissements des multinationales dans les énergies renouvelables est en hausse, avec en tête des investisseurs, Facebook et AT&T. Les firmes états-uniennes représentent 58% du marché, un engouement explicable par une opposition entrepreneuriale face à la politique du Président des Etats-Unis, Donald Trump, mais également pour des raisons stratégiques. La compétitivité des énergies renouvelables (ENR) est en constante hausse. Depuis 2010, le coût du photovoltaïque s’est réduit de 84% et celui de l’éolien de 32%. En investissant dans les ENR, les firmes accomplissent leurs objectifs de développement durable. Si les entreprises numériques font leur part en termes de nouvelles sources d’énergie, le secteur digital permet également l’ouverture de marchés élitistes tels que l’art. La numérisation des achats renforce la traçabilité et l’authenticité des œuvres mises en vente en ligne, mais donne également accès à l’exploration et la collection numérique des œuvres pour tous. Cette nouvelle économie de l’art n’est pas un effet de mode, ni une goutte d’eau dans l’océan, d’ici 2020 sa valeur atteindra les 10 milliards d’euros.

Crédit photo : Snps

L’économie et le numérique sont deux notions, parfois floues, englobant de nombreuses branches et secteurs d’activité. Cependant, les outils numériques offrent des solutions pour lever des zones d’ombre sur la chaîne de valeur, rassurer les investisseurs et permettre l’essor de marchés et projets durables, pour construire une économie basée sur la transparence et le respect de l’environnement. Comme toujours, ce n’est pas l’outil qui est bon ou mauvais, mais la façon dont on l’utilise. Il ne peut exister d’économie numérique responsable et durable, que si elle n’est incarnée par des humains défendant ces valeurs.

Juliette Bernier