• #bigdata
  • #futballwordcup2018
  • #ia
  • #protectiondesdonnees

Les algorithmes régissent-ils nos vies ?

L’ère de la donnée, c’est maintenant ! Qu’elle soit médicale, économique ou sportive, toute information est captée, classée et analysée par les algorithmes de diverses entreprises, cabinets et gouvernements constituant notre environnement sociétal. Ces chiffres établissent des prédictions, ciblent des profils, évaluent une évolution. Fascinants et omniprésents, sont-ils un reflet de notre société et régissent-ils nos vies hyperconnectées ?

La donnée, mine d’or pour les entreprises

Les algorithmes élaborés à partir des données servent aux entreprises tant en interne qu’en externe. Récolter des datas à propos d’un individu en fait un potentiel client. Cela permet de cibler la publicité à son intention sous les formats (texte, vidéo, photo, etc.) et les canaux (courriel, etc.) optimaux afin d’envoyer la réclame qui fera mouche. Cette « connaissance 360° » du consommateur basée sur l’historique des achats, la navigation internet et les déplacements, est une opportunité de vendre plus et mieux pour les marques. La récolte des données ne s’astreint pas qu’à Internet, les appels aux services commerciaux d’une marque sont également captés grâce aux cookies vocaux. Tous les canaux sont bons pour happer les habitudes, besoins et comportements des consommateurs à des fins commerciales.

En interne, les algorithmes estiment la stratégie d’une entreprise. Depuis 2016, le directeur marketing de l’Oréal France, Sébastien Garcin, s’attache à simplifier le travail des collaborateurs du service à l’aide d’outils avant-gardistes basés sur le big data. La firme a développé son propre outil d’analyse nommé Very Intelligence Business Experience (VIBE). Ce dernier est capable de projeter l’évolution d’une marque ou d’un produit sur les 6 prochains mois grâce à l’étude de l’historique des données. Le taux d’exactitude de l’algorithme atteignant les 90% entre la modélisation et la réalité, l’entreprise a décidé de développer l’outil au rang mondial. La marge d’erreur provient de facteurs externes imprévisibles tels que le lancement d’un nouveau produit par un concurrent. L’algorithme apparaît comme quasiment infaillible.

Utilisation interne à l’entreprise et ciblage externe pour atteindre de nouveaux clients, s’allient à l’hyperconnexion ambiante et la confiance aveugle prêtée aux classements livrés par ces outils. Les tops 10 des meilleures universités animent la toile et dictent nos choix. Bien que Stéphane Foucart, auteur du livre « Des marchés et des dieux : comment l’économie devint religion » affirme la caducité de tels classements dans la réalité, les individus estiment Harvard comme l’une des meilleures universités au monde, sans pour autant en connaître le contenu des programmes et celui des autres universités. Le besoin de quantifier, de classer et d’étiqueter participe à l’avènement des algorithmes et à l’illusion de sécurité des individus en réalité asservis à cette course interminable à la performance chiffrée.

Crédit photo : atmdigital

Entre utilisation et réglementation de la donnée, le gouvernement français oscille

Depuis le 25 mai, le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) participe à la protection des données des citoyens de l’Union Européenne. Un long chemin initié en 1978 pour la France, par la loi Informatique et Libertés. Bien que le règlement contraigne les entreprises à plus de responsabilité concernant la récolte des données des utilisateurs, il ne peut garantir une protection infaillible. Selon Isabelle Falque Perrotin, présidente de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), les individus doivent être responsabilisés face au big data et aux algorithmes. À l’heure où 52% des citoyens hexagonaux ne savent pas ce qu’est un algorithme d’après le journal Le Point, l’accès au code source apparaît comme un leurre de promotion de la transparence. La législation devrait se baser sur la loyauté et la vigilance. L’algorithme serait interrogé sur ce qu’il fait, le besoin auquel il répond et apporterait la preuve qu’il est au service de l’humain et de sa communauté.

Le gouvernement a saisi la nécessité de communication autour des outils utilisant les données personnelles et tente d’y répondre en prônant la transparence des algorithmes utilisés en son sein, tels que celui développé pour Parcoursup. La plateforme d’orientation universitaire succédant à APB (Admissions Post Bac) a pour but d’orienter 810 000 futurs bacheliers et étudiants en réorientation, mais son opacité pose question. Pour y pallier, le gouvernement a donné l’accès au code source et une description de l’algorithme est accessible, afin de rendre compréhensible la procédure adoptée et de contrer les critiques accusant Parcoursup de discrimination. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, affirme que la plateforme ne souffre pas de tels biais envers les banlieues parisiennes, contrairement aux reproches émis par les enseignants et les syndicats. Un tiers des places en université parisienne seraient réservées pour ces profils grâce au système des quotas.

Crédit photo : dreamstime

Madame Irma serait-elle un robot ?

Les données collectées servant à l’économie et aux entreprises grâce aux modèles prédictifs se retrouvent également dans notre quotidien. En cette période de coupe du monde de football, les prédictions algorithmiques fleurissent. Amazon, EA Sports, Microsoft, entre autres publient leurs analyses désignant le vainqueur du mondial. Brésil, France ou Allemagne, les trois pays reviennent souvent. Parmi le panel de bureaux d’étude en la matière, EA Sports fait figure de fiabilité car il a détecté 9 des 13 gagnants aux précédentes éditions du Super Bowl, la finale du champion de football américain. Ces pronostics rencontrent un franc succès auprès des spectateurs du mondial. Il est désormais possible de parier avec un robot, plutôt qu’avec son voisin. Ludique pour les uns et commercial pour les autres, il ne faut pas omettre que l’industrie du football est une des plus juteuse du système économique occidental, la preuve : les salaires faramineux perçus par les joueurs semble le plus fiable.

Sachez tout de même que les algorithmes n’ont pas les pleins pouvoirs. L’humain reste maître, la déconnexion est possible et la protection de ses données est de la responsabilité de chacun, pas uniquement celle des législateurs et des entreprises. Gageons que le chiffrage de tous nos faits et gestes reste en grande partie sous notre contrôle, rien ne nous oblige à noter le chauffeur privé ou le restaurant de ce midi. Pour ce qui est des paris, le robot n’est pas seul à être doté de dons de divination. Vous pourrez défier le chat albinos Achille, médium à ses heures, qui avait vu juste avec son oracle duquel la Russie sortait vainqueur du match contre l’Arabie Saoudite.
Chat contre robot, rira bien qui rira le dernier !

Crédit photo : Africanews

Juliette Bernier