Les dessous de la fabrication de nos smartphones

Mardi dernier, l’émission de France 2 « Cash Investigation » enquêtait sur les coulisses de la fabrication de nos smartphones, un pas important dans l’information et la sensibilisation de tous aux problématiques environnementales et sociales de cette industrie.

On le sait, le secteur des smartphones est un véritable empire économique qui fait parler de lui pour son innovation, son ingéniosité, son design … La semaine dernière l’émission « Cash Investigation » a choisi à travers son reportage, qui a nécessité 1 an de travail, de parler d’une autre facette de ce marché : où sont produits nos smartphones, comment et par qui ?


Ce reportage développe la provenance et la production des composants clés de nos devices. Le focus est réalisé notamment sur la phase de production et d’assemblage ainsi que sur celle d’extraction des matières premières, expliquant à tout un chacun les impacts environnementaux et sociaux de ces process.


L’équipe de France 2 s’est ainsi rendu en Chine, à Nanchang où se situe l’une des plus grosses réserves de main d’œuvre des entreprises Itech : l’usine LCE. Sur le papier, ce sous-traitant est irréprochable, dans ces prospectus de recrutement, il promet de bonnes conditions de travail, un salaire élevé pour la région (400 euros par mois), des loisirs (cours de tennis, volley), de vastes appartements …



Sur place, les journalistes ont rapidement eu un véritable aperçu des conditions de travail. L’équipe de l’émission a réussi à obtenir des images de l’intérieur de l’usine grâce à un ancien employé, Tang, qui travaille désormais avec l’ONG China Labour Watch, une ONG ayant déjà à plusieurs reprises dénoncé et condamné les sous-traitants comme LCE pour leurs pratiques.



Cet ancien employé a fourni des images inédites, voire choquantes, puisqu’il est en effet, quasiment impossible de filmer dans les usines chinoises. Les ouvriers sont logés dans des dortoirs d’au moins 8 personnes. L’usine possède un « mur d’autocritique », un mur couvert de lettres d’ouvriers se justifiant des erreurs qu’ils ont pu commettre dans leur travail. Au sein des ateliers, chaque ouvrier est doté d’un matricule dans le dos. Assez rapidement, on remarque également que des enfants travaillent dans l’usine. Les équipes de Cash investigation ont ainsi réussi à interviewer l’une d’entre eux, une jeune fille de 13 ans qui allait quitter l’usine. La jeune ouvrière travaille 13h par jour au nettoyage des écrans de téléphone avec un jour de congé toutes les deux semaines pour 160 euros par mois en moyenne (environ 5 euros par jour). Le travail de nuit étant aussi de mise pour les enfants, ses horaires s’appliquent de nuit un mois sur deux.



Si le travail des enfants est contraire aux lois internationales, il est également contraire aux lois chinoises qui interdisent le travail des enfants de moins de 16 ans. Sachant que LCE en emploie plus d’une centaine, le problème est de taille !
A l’extérieur, les pollutions des usines affectent l’environnement et les populations locales, la végétation est maigre, et le bétail élevé connait des malformations. Les journalistes ont fait analyser l’eau collectée sur place, elle est loin d’être potable, et le taux de radioactivité dépasse largement le seuil de sécurité.



Les écrans de téléphones réalisés chez LCE approvisionnent des constructeurs dont les noms parlent à tous, comme Huawei, Samsung, Nokia (devenu Microsoft depuis peu) ainsi qu’un nom moins connu en France, Tinno. Tinno est vendu sous le nom de Wiko à l’international. Toutes ces grandes entreprises ont été contactées par l’émission, et seul Wiko a bien voulu répondre aux questions d’Elise Lucet, journaliste de l’émission. Le Directeur Général de Wiko France a reçu la journaliste et s’est exprimé face aux révélations faites concernant le sous-traitant LCE. L’homme se dit choqué et condamne l’usine pour le travail illégal d’enfant. Wiko a d’ailleurs, depuis juin 2014, cessé toute activité commerciale avec ce partenaire. Pour les autres entreprises comme Samsung, Nokia, BlackBerry, les journalistes sont restés sans nouvelles.



Outre, l’important problème de l’exploitation du travail, les smartphones doivent également leur technologie aux minerais, métaux, terres rares qui connaissent également des problèmes d’éthique, de légalité, etc.



En Afrique, et plus particulièrement, en République Démocratique du Congo (RDC) dans la ville de Rubaya se trouve une importante concentration de mines d’où sont extraites le tantale. Matière indispensable aux composants clés de nos téléphones portables qui permettent, lorsque votre batterie est à plat, de conserver vos données. A Rubaya, le constat est aussi pénible qu’en Chine. Les conditions de travail sont très difficiles, les ouvriers travaillent sous 43°C dans les mines et de simples planches de bois tiennent les parois de la galerie. Celle-ci est de ce fait soumise à de nombreux éboulements où des mineurs se retrouvent enterrés vivants. En moyenne 5 ouvriers meurent par mois dans les mines, un risque permanent puisqu’ils travaillent 12h par jour pour 5,5 euros la journée.



Ces minerais se vendent 600 euros les 40 kg à la sortie de la mine, ils peuvent atteindre les 3500 euros sur le marché international. Certains permettent ainsi de financer des conflits armés qui ont déjà fait plusieurs millions de morts (cf. notre article sur les minerais de conflits : L’Union Européenne en retard dans la lutte contre les minerais de conflits ). Des guerres financées indirectement par des entreprises telles que Motorola, Huawei, Wiko ou encore Nokia.



Le travail des enfants, les conditions de travail inhumaines, la pollution des sites de production, le financement des minerais de conflit. Ce reportage met en lumière les sujets importants des filières de production des smartphones bien souvent ignorés des dirigeants d’entreprises de téléphonie, des gouvernements et des populations. Elise Lucet et son équipe ont fait un important pas en avant dans la médiatisation de ces sujets et dans la sensibilisation et la responsabilisation des multinationales mais aussi des clients et des consommateurs.



Les leaders de l’IT montrent ici les limites de leur responsabilité. Ils devraient dès à présent se soucier de remédier à ces problématiques socio-environnementales afin de rester cohérents dans leur capacité et leur volonté à créer des engagements avec des partenaires responsables, à s’engager pour une production respectueuse et durable.






Source :

©http://www.silicon.fr/cas-investigation-huawei-nokia-samsung-bad-buzz-101290.html