Les dessous du monde numérique

Avec plus de 300 milliards de courriels, spams, photos ou vidéos envoyés quotidiennement, et des datas centers pouvant consommer autant d’énergie qu’une ville de 200 000 habitants, l’empreinte environnementale de l’économie dématérialisée pousse à la réflexion.

Le numérique est aujourd’hui difficilement dissociable de notre vie quotidienne. Du bureau au domicile, en passant par les voyages et sorties, ce monde virtuel fait partie intégrante de nos activités.

Le fait d’envoyer un mail est devenu un acte si usuel et banal que l’on a du mal à se douter de l’impact que ces simples clics peuvent avoir sur notre environnement. Il faut en effet savoir que dans une entreprise de 100 personnes, l’envoi de courriers électroniques équivaut à la dépense en eq CO2 de quatorze allers-retours Paris-New York, c’est-à-dire environ 16,6 tonnes d’eq CO2 (en combien de temps).

Les demandes d’informations via des moteurs de recherche affichent quant à elles une dépense moyenne de 9,9 kg d’eq CO2 (chiffres d’une étude publiée en 2011 par l’Ademe) par an et par internaute.

Le numérique se veut donc moins virtuel que ce que l’on a tendance à penser, avec l’emploie d’équipements énergivores et fortement émetteurs de gaz à effet de serre, tels que les datas centers et les systèmes conçus pour les « refroidir ».

Les auteurs du livre « La face cachée du numérique » annoncent ainsi que : « On estime qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawattheure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3 000 foyers américains ». En sachant que 46 % de la production électrique mondiale repose sur le charbon et 23 % sur le gaz, on imagine facilement l’impact de ce type de consommation.

Quant à la dépense énergétique des centres de stockage, les chiffres sont plus que parlant comme le démontre l’ouvrage précédemment cité : « A l’échelle mondiale, les data centers représentent 1,5% de la consommation électrique, soit l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires ». Une information à considérer lorsque l’on sait que l’Europe abriterait aujourd’hui sept millions de serveurs, un chiffre amené à croître puisque les estimations parlent d’une multiplication de la production des données par 50 dans le monde d’ici 2020.

Plusieurs organisations s’attellent ainsi depuis quelques années à faire pression sur les différents géants du secteur comme Google, Microsoft ou encore Amazon, pour qu’ils réduisent la part des énergies fossiles utilisée dans la production d’électricité nécessaire au fonctionnement de leurs fermes de données. Les chiffres n’en restent pas moins conséquents. Si l’on prend l’exemple de Facebook, ses « émissions de gaz à effet de serre ont été multipliés par 5 en 4 ans, passant de 60 000 eq CO2 en 2009 à 300 000 tonnes en 2012 ». L’énergie consommée par la société en 2012 équivaut alors à l’électricité utilisée dans le même laps de temps par 10 millions de français ou 85 millions d’indiens.

Face à ce constat, les différentes sociétés ont commencé à œuvrer pour la réduction de leur impact avec des investissements importants dans les énergies renouvelables ( google , Apple , Facebook ).

Il reste cependant difficile d’avoir des chiffres précis sur l’empreinte environnementale globale du numérique puisque très peu de données sont disponibles. Notons également qu’aucune méthode précise n’a été mise en place par rapport aux critères d’évaluation à retenir. En effet, la plupart des études retiennent surtout la phase d’utilisation des appareils et très rarement celle de la fabrication ou du traitement de la fin de vie. Pourtant, « Les analyses de cycle de vie montrent que sur les quatre étapes du cycle (fabrication, transport, utilisation, rebut), c’est la fabrication qui domine très largement dans sa contribution à l’ensemble des impacts environnementaux », remarquent les auteurs de « La face cachée du numérique ». Qu’il s’agisse de l’épuisement des ressources, des gaz à effet de serre, de la destruction de la couche d’ozone, de la consommation énergétique ou encore des risques de santé publique générés (eau contaminée, air pollué, etc …) , cette partie du cycle de vie concentre plus de 80% des impacts.

Alors que les progrès dans le domaine de l’IT amènent les utilisateurs à renouveler leurs appareils tous les 18 mois en moyenne quand leur durée de vie technique est évaluée à 7-8 ans, le consommateur a du mal à réellement évaluer les conséquences de tels achats sur le long terme. Certes les constructeurs améliorent l’efficience énergétique de leurs produits, mais la gestion des déchets électroniques devient un véritable problème de société. Plusieurs pistes commencent à être envisagées mais peinent à être mises en place par les gouvernements ou les organisations.

Au niveau de la conception et du fonctionnement des différents sites et réseaux, de nombreux efforts sont faits pour limiter la consommation. La sobriété est d’ailleurs le nouveau maître mot des concepteurs.

Le domaine du Green IT a donc encore beaucoup à offrir en mettant en place de nouvelles solutions, de nouveaux matériaux, mais également de nouvelles habitudes de consommations.

Sources :
© http://www.bastamag.net/
© http://www.greenit.fr/