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Les femmes et le numérique

Si la parité est respectée quant au nombre d’internautes, dans le secteur IT les femmes sont surreprésentées dans les fonctions supports et n’occupent que 15% des fonctions techniques (développement, production, gestion de projets). Pourtant de nombreuses figures féminines ont permis des avancées digitales importantes. Comment rétablir l’égalité des genres dans le monde numérique ?

Un monde numérique féminin

Dans les années 1950 le numérique était peu valorisé par la société, ce qui peut expliquer pourquoi les femmes y étaient représentées à 50%. Leur mise à l’écart commence dans les années 1990 lors de l’avènement de l’IT et des jeux vidéo pour le grand public. Actuellement, les femmes sont surreprésentées dans les fonctions supports (75%), elles n’occupent toujours que 15% des fonctions techniques (développement, production, gestion de projets). Une régression marquante alors que des figures féminines ont participé à l’évolution des technologies numériques. Dorothy Boisson, citoyenne anglaise, était l’une des rares personnes à savoir utiliser Colossus, une machine, ancêtre de l’ordinateur, permettant de déchiffrer les codes nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Malheureusement elle ne sortira pas de l’ombre d’Alan Turning, bien que son travail a contribué à la réussite du débarquement en Normandie. Quelques années plus tard, Margaret Hamilton a mis en place le code informatique ayant permis à Armstrong de fouler le sol lunaire. Dernière figure parmi la pléthore, Stéphanie (alias Steve) Shirley. En 1962 elle fonde son entreprise logicielle avec 6£, et adopte le nom de Steve pour s’aider dans le monde des affaires dominé par les hommes. En 1980 son entreprise emploie 8 500 personnes et se valorise à 150 millions de livres sterling. Aujourd’hui, l’entreprise est intégrée au groupe Sopra Steria. Le numérique n’est donc pas historiquement masculin. Le recul de la place des femmes dans ce secteur tient plus au marketing des années 1990 présentant l’ordinateur comme le plus beau des cadeaux pour un garçon.

Le monde IT a régressé. Les salons tels que le CES le prouvent. Lors de ce dernier en janvier 2018, aucune keynote ne fut animée par une femme. Leur représentation se limitant aux stéréotypes à travers des mises en situation de produits. D’ailleurs la place de la femme en robotique lors du salon finit de véhiculer les clichés sexistes : un robot stripteaseuse. Les organisateurs se défendent en pointant du doigt l’absence de femmes dans l’industrie high tech, surtout aux postes managériaux. La question étant : Pourquoi les femmes sont rares dans ce secteur ?

Crédit photo : Beryl Bès

Engager le secteur vers l’égalité des chances

Selon l’étude menée par le Syntec numérique en 2017, la proportion des engagées dans la carrière numérique stagne à 33%. C’est au stade de la formation qu’est créée la disparité entre les sexes. Les femmes ne sont pas encouragées, au contraire, à s’orienter vers ces filières exposées comme réservées aux matheux, aux scientifiques, aux hommes en somme. Mais des entreprises IT réagissent pour inverser la tendance. Coup de communication ou réelle volonté, là n’est pas la question, l’important étant que les femmes peuvent trouver leur place dans l’IT grâce à ces démarches. Booking.com a lancé une bourse incitant les femmes à étudier l’IT à Oxford et Delft. Chez Facebook France, le recruteur a l’obligation de recevoir au minimum deux femmes en entretien avant de pouvoir faire une offre à un candidat. Microsoft a investi 500 000 dollars pour l’association Black Girls Code, défendant l’égalité des chances à l’accès aux métiers de code informatique. La société de conseil et service en technologie de l’informatique, la CGI, va plus loin et a ouvert 6 campus en 2017 sous le nom d’UDEV. « L’école du développeur » s’attache à trois ambitions : enrayer la pénurie de talents dans la filière, féminiser la profession et proposer une dynamique d’inclusion. Une discrimination positive qui ne plaira pas à tous, mais qui semble indispensable pour tordre le cou aux idées reçues.

Crédit photo : ciwm journal

La place de la femme dans la société numérique, et réelle, évolue. Mode ou tendance de fond, seul l’avenir le dira. Face aux constats alarmants, les entreprises du secteur IT agissent plus rapidement que les gouvernements. La parole libérée et la diffusion rapide des débordements, grâce à internet, permettent de dénoncer et de faire évoluer les choses. Loin d’être terminée, cette lutte pour l’égalité des genres dans le numérique n’en est qu’à ses prémices. Il ne s’agit en rien d’écraser ou voler la place des hommes, mais de travailler ensemble à la construction d’un monde meilleur où le respect de l’autre prime sur son sexe, sa couleur, sa catégorie sociale.

Juliette Bernier