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Les métaux rares, les pistes de réponses face à la pénurie

Les métaux et terres rares sont essentiels au déploiement des nouvelles technologies. Leur extraction, leur rareté et la hausse de la demande mondiale, viennent cependant entacher fortement leur aspect « green ». De la batterie de voiture électrique à la turbine d’éolienne, en passant par le smartphone, ces composants sont partout et surtout irremplaçables. Sur un fond d’épuisement de nombreux stocks mondiaux, la pénurie guette de nombreux pays. Où pourrait se cacher la solution ?

Le recyclage, une solution insuffisante

Les métaux rares sont qualifiés de la sorte pour plusieurs raisons : ils représentent une faible part dans une tonne de roche, leurs stocks respectifs sont épuisables, et la Chine exerce un monopole quasiment total sur les terres rares. Comme nous l’avions évoqué dans un précédent article, le pays a choisi d’investir fortement dans l’exploitation de ce type de gisements dans les années 1990, alors que les puissances occidentales sortaient de la course, notamment pour des raisons environnementales et de coûts. En effet, l’exploitation minière a des impacts environnementaux et sociaux notables tels que d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Or, les pays n’exploitant plus ces gisements miniers sont actuellement ceux concevant la plupart des nouvelles technologies, dont certaines caractéristiques spécifiques tiennent à la présence de métaux rares, tel que le tungstène. Ceci engendre une dépendance en approvisionnement, la Chine extrait aujourd’hui plus de 90% de l’offre en terres rares sur le marché. La configuration donne à ce pays un pouvoir commercial et diplomatique conséquent, dont le Japon a fait les frais en 2010 lors du premier embargo de Pékin. À la suite de cet épisode, l’archipel japonais a décidé de sortir de sa dépendance et mis en place un système de gestion de ses Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE), afin de recycler les terres rares. Une solution bénéfique à l’environnement et à l’économie circulaire. Malheureusement, la hausse incessante de la demande mondiale en terres rares ne peut être comblée par le recyclage, le Japon reste donc dépendant de la Chine et montre, malgré lui, aux autres pays que cette solution ne peut se suffire à elle-même à l’heure actuelle.

Crédit photo : Terra eco

L’Atlantide des terres rares

La Terre est recouverte à 70% par l’eau, si les gisements terrestres semblent susciter tant de tensions, ceux des fonds marins restent toujours inexploités, voire inconnus. Leur exploration a donc un nouveau cheval de bataille : la découverte de gisements exploitables. Récemment, le Japon en a découvert un au sein de sa Zone Economique Exclusive (ZEE) marine. Ce dernier renfermerait 16 millions de tonnes de terres rares et pourrait assurer la consommation de 620 ans d’europium, matière première nécessaire à la fabrication des écrans LCD. Une aubaine pour l’archipel japonais qui explore toutes les possibilités pour s’extirper du giron chinois. Néanmoins, afin de récupérer 1000 tonnes d’oxydes de terres rares, il faudrait traiter 1 million de tonnes de boues sous-marines. Le coût financier et environnemental colossal maintient pour le moment cette possibilité en suspens, mais les Etats dépendants de la Chine s’y intéressent fortement. Comme l’évoque le journaliste Guillaume Pitron, en une décennie ce sont 40% des fonds marins qui se sont vus rattachés à un territoire. La France n’est pas en reste, elle détient le 2nd territoire marin mondial, après les Etats-Unis, s’étendant sur plus de 11 millions de km² (soit 20 fois la surface de l’Hexagone). L’archipel de Wallis et Futuna, dans le Pacifique, présenterait un intérêt suite à la découverte récente de gisements dans la ZEE française. À plus de 16 000 km de nos côtes métropolitaines, l’exploitation de gisements sous-marins pourrait-elle faire moins tâche dans le paysage français, ou la conscience écologique sera-t-elle assez forte pour contrer cette aventure ?

Retour vers le futur avec la réouverture des mines ?

Le recyclage ne peut contenter la demande, les fonds marins restent des zones dont l’exploitation de gisements est source d’impacts environnementaux, par conséquent, la réouverture des mines est fréquemment évoquée, notamment en France, où une mine de tungstène pourrait rouvrir ses portes d’ici une dizaine d’années en Ariège. Rappelons que la Chine produit 84% du tungstène mondial, or les gisements de la mine française de Salau pourraient assurer l’autonomie nationale et la classer dans le top 3 de la production mondiale. Si les opposants à ce projet évoquent la menace sur l’environnement et des financements douteux, les ambitions gouvernementales semblent être favorables à une réouverture des mines dans l’Hexagone. Les arguments commerciaux ne sont pas les seuls avancés, ceux sociaux ont également un poids. En effet, la France ferait figure d’exemple auprès d’autres pays en matière de respect des Droits Humains et d’extraction « propre ». Ceci pousserait les autres pays à améliorer les conditions de travail des mineurs et à revoir leurs méthodes d’extraction afin de les rendre moins nocives. Un discours contré par des associations telles que Les Amis de la Terre, arguant que la réouverture des mines ne changera pas les comportements des autres pays, seul les achats responsables pourraient œuvrer en ce sens.

Crédit photo : La Dépêche

La question de l’extraction de métaux rares avec la situation monopolistique chinoise pour les terres rares et la hausse inexorable de la demande mondiale, en fait un sujet complexe où les solutions potentielles se heurtent rapidement à d’importants obstacles. Finalement, les technologies vertes, dépendantes des métaux rares, se révèlent polluantes et consommatrices de ressources fossiles. Albert Einstein disait « on ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré », est-ce à dire que, quel que soit la solution imaginée par un esprit empreint d’un schéma capitalistique, elle ne pourra être viable ? Il est en effet plus simple de se focaliser sur un rouage du système plutôt que de remettre en cause une entité globale. Enfin, l’option la plus simple à mettre en place resterait celle de l’humilité de consommation, continuer à consommer certes, mais de façon plus raisonnable et raisonnée. Les petites choses peuvent réaliser de grands changements, l’illustration en est avec le potentiel de nuisance d’un seul petit moustique dans une grande chambre. Petit, mais puissant !

Juliette Bernier