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Le Chiffre : 4500

Les salons, les sorties matériels, les événements et les spéculations rythment l’actualité IT. Mais toutes ces activités génèrent des déchets. En effet, la part des Déchets d’Equipement Electriques et Electroniques (DEEE), n’a de cesse de croître, suivant l’évolution de la consommation de produits IT. Si l’idée d’un monde digitalisé et numérique fait rêver, les déchets sont bien réels et équivaudraient à 4500 fois le poids la Tour Eiffel ! L’EcoGuide IT fait le point sur la situation.

DEEE, de quoi parle-t-on ?

Le sigle DEEE englobe les produits électroménagers, les piles, les batteries, les climatiseurs et les matériels IT. Un panel large au sein duquel les déchets électroniques prennent une part de plus en plus prépondérante. Bien que soumis à une législation Européenne depuis la Convention de Bâle et une directive contraignant les constructeurs à mettre en place des filières de réutilisation, de recyclage et d’élimination, force est de constater que les DEEE évoluent (trop) rapidement. La loi ne serait-elle donc pas appliquée à la lettre ? Selon un rapport publié par l’Université des Nations Unies (UNU), en 2016, les DEEE ne pesaient pas moins de 55 millions de tonnes, soit plus de 4500 fois le poids de la Tour Eiffel. Actuellement, chaque citoyen produirait 6,1 kg de DEEE par an. Ce chiffre est une moyenne mondiale, il est important de noter que les pays du tiers-monde génèrent moins de déchets que d’autres pays comme l’Australie ou les Etats-Unis. En effet, les lieux de production des déchets se situent aux endroits de consommations d’équipements IT c’est-à-dire, les pays développés, mais n’y sont pas pour autant traités. Pas moins de 80% des déchets sont incinérés ou envoyés dans des décharges informelles. Si les particuliers en sont responsables, les entreprises le sont aussi puisque, selon le baromètre de l’Alliance Green IT 2017, seule une sur quatre a intégré le Green IT dans sa stratégie, incluant la fin de vie des matériels.

Crédit photo : RFI

Un secteur IT consommateur, consumériste et consommable

Les entreprises qui ne se préoccupent pas de la fin de vie de leurs équipements IT, et les constructeurs qui ne cessent de proposer de nouveaux matériels poussent à la consommation, parfois même à travers l’obsolescence programmée. L’Europe enverrait 8 millions de tonnes de DEEE vers la Chine chaque année, notamment à Guiyu devenue la « décharge des pays développés ». Malgré la menace écologique, le modèle de « surconsommation » adopté par les constructeurs et les distributeurs ne s’essouffle pas : les campagnes massives de « déstockages » telles que le Black Friday et le Cyber Monday, continues de booster la consommation et la tenue d’événements tels que le MWC et le CES sont l’occasion d’achat de nouveaux matériels.
Cependant, certaines actions sont mises en place pour sensibiliser le grand public et lutter contre l’amoncellement d’ordures électroniques. Récemment, lors du MWC de Barcelone, une œuvre d’art en 3D a été installée par des membres de l’ONG espagnole Eco Union, devant le bâtiment où se tenait le salon. Cette dernière, représentant des DEEE, souhaitait dénoncer l’impact des constructeurs et les mettre face à leurs responsabilités. En France, un Green Friday a été organisée par Envie. Cet événement, évoqué dans un précédent article EcoGuide IT, visait à contrecarrer le Black Friday et sensibiliser au réemploi plutôt qu’à l’achat de produits neufs.

Crédit photo : Eco-Union

Le traitement des déchets est essentiel

Il serait bien aisé de continuer à envoyer des containers de DEEE vers les pays du Tiers-Monde, malgré l’interdiction de la législation européenne, pour éviter les répercussions sur notre quotidien. Le non traitement des DEEE aura, pour les pays développés, un impact économique. Les appareils IT sont des petites mines d’or : 50 000 smartphones donnent 1kg d’or et 10 kg d’argent et depuis 2007,  7 milliards de smartphones ont été vendus dans le monde, cela risque d’en intéresser plus d’un. Outre l’or et l’argent, le plastique, le verre, le cuivre ou le lithium sont autant de composants récupérables, valorisables et issus de sources non renouvelables. Ne pas les recycler aurait engendré 48 milliards d’euros de pertes en 2014. Pourtant des structures de recyclage et reconditionnement existent en France et en Europe, vous pouvez d’ailleurs les retrouver dans notre rubrique fin de vie de l’EcoGuide IT. Néanmoins, leur efficacité est pour le moment limitée et leur notoriété trop discrète pour répondre à l’enjeu des DEEE. Des pays, tels que la Suède, développent des structures de recyclage, notamment à travers des allègements fiscaux dédiés aux ateliers de réparation. Cette solution pourrait servir de modèle à d’autres gouvernements.

Le problème des DEEE est grandissant et ne peut plus être ignoré par les puissances occidentales. A la fois dangereux pour l’environnement et la santé, les DEEE sont aussi une manne économique à exploiter qui prend de la valeur à mesure de l’épuisement des ressources tarissables. Le retraitement de ces derniers apparaît désormais évident. La sensibilisation et la responsabilisation sont nécessaires afin de changer les comportements des particuliers et des entreprises, que ce soit au travers d’associations, de conseil en entreprise ou encore l’art comme l’artiste Elise Morin le propose avec ses installations et œuvres monumentales. Chacun est capable d’agir à son niveau et à sa manière en adoptant un comportement juste et adapté à ses valeurs et son mode de vie. L’effet papillon est bien plus fort que l’on ne le suppose !

Juliette Bernier