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Quelles perspectives pour les datacenters européens ?

Parmi les sujets d’actualité high-tech, les datacenters centralisent l’attention en raison de leur consommation énergétique. Devenus les moteurs de l’économie numérique, ils suscitent autant de questions que d’intérêt pour les territoires qui désirent attirer les exploitants. Coup d’œil !

Un secteur innovant aux multiples perspectives

Les exploitants de datacenters cherchent à limiter l’impact énergétique de leurs fermes de données. Bien qu’ils ne représentent pas le principal contributeur du numérique en la matière, ce type d’infrastructures restent énergivores, mais les solutions pour limiter cet impact foisonnent.

Les acteurs du secteur sont larges, d’un côté, les petits poucets, tels que Qarnot computing, et de l’autre, les géants, tels que Microsoft et Google. Le projet Natick de Microsoft a vocation d’utiliser des datacenters immergés afin de profiter des capacités rafraichissantes de l’eau utiles au refroidissement des serveurs. Toujours en développement, ce projet est passé à la vitesse supérieure cet été lorsque la firme de Redmond a effectué des tests grandeurs natures au large de l’Écosse.

Crédit photo : Qarnot computing

De son côté, Google intègre depuis 2016 de l’intelligence artificielle à ses datacenters pour piloter les émissions de chaleur des serveurs. La société DeepMind rachetée en 2014 par la firme a créé un système géré par des algorithmes dont le but est d’identifier les actions  minimisant la consommation énergétique des serveurs. Google avance des économies d’énergie de l’ordre de 30% grâce à ces réseaux artificiels.

Nouvel enjeu des territoires : attirer les exploitants de datacenters

L’actualité des datacenters ne se limite pas qu’aux solutions énergétiques. Les fermes de serveurs représentent une manne économique de taille, d’autant plus qu’elles constituent la base du stockage de données et de capacités de traitement de calculs informatiques. D’après Accenture, le numérique représente aujourd’hui plus d’un cinquième du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial et pour la France, une meilleure exploitation de ses atouts permettrait de créer 70 milliards d’euros d’ici à 2020. Le début de la prochaine décennie verrait environ 200 datacenters construits sur le territoire hexagonal. Les annonces récentes de Microsoft et Amazon de s’installer plus durablement en France vont dans ce sens.

Conjointement à ces perspectives, l’État français vient d’adopter un amendement en faveur des exploitants de datacenters. Dans le cadre du projet de loi de finances 2019, la Taxe Intérieure de Consommation Finale d’Électricité (TIFCE) est réduite de 22,5€ à 12€ par MégaWatt-heure. Selon Éric Borthorel, le député à l’origine de l’amendement, « le choix du positionnement géographique des centres est fortement déterminé par le coût de l’électricité, qui représente près de 30 % des coûts d’exploitation. » Le geste fiscal incite les gros consommateurs d’énergie que sont les exploitants de datacenters à s’installer. Toutefois planent les craintes de voir les exploitants moins regardant sur leur consommation en s’équipant de serveurs énergivores, ou de se détourner des sources d’énergies alternatives. C’est dans la pratique que nous verrons le résultat de la mesure !

De la durabilité en tous points

Outre la question énergétique la limitation des impacts environnementaux des fermes de serveurs tiendra dans la conception des équipements. La mise à jour de la Directive Européenne 2009/125/EC prévoit de rehausser le seuil minimal d’efficience énergétique des serveurs et d’intégrer des critères de facilitation de la réparabilité. Par exemple, les fabricants de serveurs auront l’impossibilité de souder et/ou fixer les composants clés pour faciliter la réparation ou le recyclage de l’équipement. Un mécanisme de suppression devra être installé systématiquement afin d’optimiser le réemploi des unités de stockage. Les fabricants devront fournir un mode d’emploi pour démonter l’équipement et une méthode permettant d’effacer les données stockées. Concernant les matériaux employés, les fabricants devront également indiquer le poids dans l’équipement informatique, des métaux rares tels que le cobalt ou le néodyme par exemple.

Face au développement effréné des datacenters, l’efficience énergétique n’est plus le seul point d’attention concernant la durabilité. En intégrant des obligations légales de réparabilité, l’Union Européenne jette les bases de standards minimisant l’impact des datacenters au-delà de la question énergétique. Dans un contexte favorable à la recrudescence du nombre de fermes de serveurs, il est temps de prendre le sujet à bras-le-corps !

Aymeric De Wispelaere

Crédit photo : Numerama