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Ressources critiques : #3 Quelles solutions s’offrent aux pays importateurs ?

Devenues essentielles en quelques années, les ressources critiques poussent déjà certains pays importateurs à se demander comment les remplacer par des solutions moins aliénantes. Stockage, recyclage, substitution, autant de parades mises en place, mais sont-elles efficaces ? C’est ce nous vous proposons de découvrir dans notre troisième et dernier article du dossier thématique « Ressources critiques ».

Le contexte dans lequel opèrent les ressources critiques est indéniablement complexe. Suite aux tensions de marché exacerbées par les quotas d’exportation chinois, certains pays importateurs de terres rares et d’autres ressources sensibles, ont pris le pli de chercher à réduire leur dépendance aux pays exportateurs.

Pour ce faire, les manœuvres actuellement mises en place sont nombreuses et montrent des approches distinctes selon le but à atteindre.

Ainsi, sans vouloir dire « adieu » aux ressources critiques, certains pays choisissent le stockage. Comme cité dans le rapport « Les enjeux stratégiques des terres rares et des matières premières stratégiques et critiques » de la sénatrice Delphine Bataille et du député Patrick Hetzel, les volontés de procéder au stockage ne se font pas nécessairement pour les mêmes raisons. Ainsi, le Japon, extrêmement dépendant aux importations de ressources critiques issues de pays lointains, met en place ce système afin de palier à tous risques de grève de transports ou d’intempéries. D’autres pays, comme la Russie et les États-Unis, procèdent, quant à eux, au stockage davantage pour des raisons stratégiques. En effet, les multiples usages de terres rares concernent aussi bien l’IT que des technologies nécessaires à la défense nationale, d’où la nécessité d’assurer un bon approvisionnement pour ces dernières. Concernant la France, à l’heure actuelle, le stockage de ressources critiques n’est pas encore appliqué. Toutefois, le document met en avant la nécessité d’identifier les ressources dont l’approvisionnement doit être sécurisé pour assurer un apport suffisant aux technologies relatives à la défense nationale (systèmes GPS, pièces d’avion etc.).

D’autres solutions évitent l’approvisionnement direct via le marché mondial, il s’agit du recyclage et de la substitution. Pour les matières recyclées, le Japon semble là aussi avoir pris les devants dans la réutilisation de ressources critiques déjà présentes au sein de produits. Bien que difficilement réalisable puisque certains constructeurs d’équipements high-tech ne savent pas détailler les matières premières de leur produits finis, le pays estime à 300 000 tonnes le gisement présent dans ses « mines urbaines ». Pour la France, nous évoquions en début d’année la fermeture du seul site de recyclage de terres rares de certains types de lampes. En effet, les terres rares recyclées coûtant actuellement plus chères que celles nouvellement extraites des mines et le pays n’ayant pas de positionnement stratégique vis-à-vis de cet enjeu,  il est difficile de mettre en place un système pérenne de recyclage.

Crédit photo : www.latribune.fr
Crédit photo : www.latribune.fr

Autre alternative, la substitution peut parfois sembler une voie plus à même de régler les problèmes de dépendance. Comme dit dans les articles précédents, les technologies mises en place telles que les écrans tactiles de smartphones, les batteries d’éoliennes ou de voitures électriques, ont pu se développer grâce aux terres rares ou aux autres ressources critiques. De ce fait, des chercheurs s’attèlent à la lourde tâche de trouver aux ressources critiques des éléments de substitutions tout en conservant les propriétés facilitantes connues des terres rares. Le rapport de D. Bataille et de P. Hetzel met d’ailleurs en avant le programme de développement de la New Energy and Industrial Technology Development Organization (NEDO), actif jusqu’à 2015, qui cherchait des substituts aux métaux critiques tels que le cérium dans les écrans LCD, l’indium, le platine, etc.

Enfin, une autre manière de limiter la dépendance aux importations de ressources critiques consisterait à profiter des gisements situés en dehors de la Chine. Pour rappel, avant le monopole de l’Empire du Milieu, des pays comme les États-Unis étaient totalement autonomes dans leur approvisionnement, en effet le pays possèderait à lui seul 3% des réserves mondiales. Cependant, au vu des conséquences écologiques de l’extraction de ressources critiques et de la réticence du grand public à voir une mine s’ouvrir au fond de son jardin, le concept de « mine responsable » semble s’imposer. Le rapport de D. Bataille et de P. Hetzel donne l’exemple de la Suède et la Finlande où l’acceptabilité de projets miniers semble être au cœur du débat public.

Force est de constater que les exemples de solutions permettant de réduire la dépendance aux ressources critiques et à la complexité de leur approvisionnement sont possibles. Toutefois, tous ne semblent pas encore être pleinement mâtures pour être appliqués. Une chose est sûre, il sera difficile de faire bouger les lignes si aucun partenariat international ne se forment afin d’agir de concert pour limiter la dépendance aux ressources critiques, ainsi que leurs impacts environnementaux et sociaux. Affaire à suivre !

Crédit photo : http://www.ecogisements.org