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Retour d’expérience : le numérique responsable accessible à tous grâce à Bela Loto

Chacun dispose de ses propres habitudes lorsqu’il s’agit de manier des outils bureautiques, cependant tout le monde n’a pas conscience des impacts qu’a ce monde dématérialisé ! C’est pourquoi Bela Loto, formatrice en outils Numériques, s’est lancée dans la sensibilisation au numérique responsable. Très active, après avoir écrit un livre sur les écogestes informatiques avec l’ADEME, elle lance son association afin d’amener les impacts concrets du Numérique à la conscience du grand public. L’équipe EcoGuide IT a eu l’occasion de croiser sa route et de lui poser quelques questions.

  1. Qui est Bela Loto ?

En trente années d’activité professionnelle, j’ai eu un parcours varié et riche en métiers différents. J’ai commencé par des études de sciences économiques et de musique pour devenir compositeur-arrangeur pendant 15 ans. C’était un métier très technique où je touchais à tout et où j’ai assisté au remplacement de l’analogique par le digital, dès le début de ma prise de fonction. Ensuite, j’ai été tentée par la formation, le fait de partager et de transmettre m’intéressait beaucoup et j’ai d’abord donné des cours à l’Université de Marne la Vallée, et à Télécom ParisTech, anciennement École nationale supérieure des télécommunications, puis en tant que formateur en fondant la société FI – Formation Informatique, la structure dans laquelle je travaille encore aujourd’hui. Mon expérience et mes observations m’ont permis de me poser des questions sur l’usage du numérique, puis, à l’occasion d’un visionnage du documentaire de Coline Tison et Laurent Lichtenstein, La pollution cachée, j’ai pris conscience qu’il était urgent de prendre en compte tous les aspects du développement durable dans le cadre de ma fonction de formatrice.

J’enseigne à tous les publics, aux grandes entreprises, plus rarement aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) et aussi à des personnes issues de Pôle Emploi qui souhaitent se réorienter. De manière générale, je touche à des publics professionnels de tous secteurs, souvent pour les aider dans des cas pratiques en rapport avec leur métier et les problèmes numériques auxquels ils font face. Je travaille aussi auprès de particuliers.

  1. Quelles sont les principaux moteurs qui vous ont incité à vous impliquer dans le numérique responsable ?

Au départ, je ne connaissais pas le numérique responsable, voire même le Développement Durable. Ou du moins je n’en avais qu’une vague idée. Toutefois, dans mon métier de formatrice, j’ai découvert que l’usage, la fabrication et la fin de vie des équipements informatiques n’étaient jamais questionnés. Les appareils restaient allumés tout le temps par exemple.

Le déclencheur a donc été le documentaire suscité qui m’a poussé à élargir ma culture dans le domaine du Développement Durable, il fallait que je comprenne la situation d’un point de vue systémique. J’ai effectué un master 2 à Paris-Dauphine, et cela m’a permis d’étudier le Développement Durable dans le cadre des entreprises et autres organisations. De plus, j’ai pu tester ma motivation et mes compétences et effectuer un stage au CIGREF, le Réseau de Grandes Entreprises, où j’ai eu la chance de rédiger le rapport « Du Green IT au Green By IT », sujet étudié régulièrement au sein de la structure. J’ai approché de près la démarche Green IT de certaines grandes entreprises et j’ai pu m’interroger sur certaines pratiques de greenwashing.

  1. Quelles sont vos intentions quant au fait de promouvoir le Numérique responsable ? Quelle est votre vision ?

Le numérique responsable, c’est à la fois ce que je constate et ce que j’aimerais voir. Pour l’heure, on est assez loin de ce deuxième point. Je remarque que c’est un sujet qui n’est pas encore inclus dans notre quotidien, il n’est pas du domaine du réflexe dans l’usage.  Toutefois, l’actualité en parle de plus en plus. Ma vision serait qu’au quotidien les gens se posent les bonnes questions face à leur usage des nouvelles technologies, il faut les orienter vers de nouveaux réflexes plus responsables.

J’aimerais donc qu’émerge une conscience, notamment à l’achat avec l’arrêt de la seule logique du rapport qualité/prix. Mon but est donc de donner accès à la pédagogie, dans une dimension utile, simple et abordable, pour que chacun puisse partager ses connaissances.

  1. Vous avez rédigé un livre avec le concours de l’ADEME, « Les écogestes informatiques au quotidien», qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de sa rédaction ?

Quand on rédige un livre, le temps fait son office et on évolue soi-même tout du long. La rédaction de ce livre m’a pris deux ans Ce qui m’a le plus marqué est la découverte de l’immensité des impacts du numérique et de l’ampleur des dégâts qu’ils engendrent. Au début, cela a d’ailleurs été une prise de conscience assez anxiogène. Depuis, j’ai fait la part des choses et je m’attèle plus sereinement aux différentes problématiques. Certains sujets me touchent profondément, les enjeux de l’extraction minière notamment.

J’ai cherché à centraliser et simplifier les résultats de mes recherches. Ainsi, en rédigeant le livre, j’ai découvert les initiatives, les projets ou encore les entreprises qui œuvrent dans ce domaine et j’ai jugé nécessaire de les mettre en avant. J’ai aussi été marquée par les nombreuses études et la quantité de données chiffrée à disposition. Face à tout cela, différents avis, courants de pensées et sujets de débat, j’ai davantage voulu mettre en avant le fait que les impacts du numérique sont admis et que son usage est loin d’être propre. Par exemple, quel que soit la mesure des émissions équivalent carbone d’une requête Google, le débat ne porte pas sur le fait lui-même mais sur la réelle quantité émise. Pour moi, donner des chiffres qui marquent était très utile pour donner envie d’agir.

Pour aider les lecteurs à bien comprendre chaque enjeu, j’ai opté pour une structure du livre en fonction du cycle de vie de l’équipement, avec en premier lieu l’acquisition, puis la fabrication, avec les ressources critiques entre autres, et enfin, la fin de vie des équipements.

  1. Avec Céline Zouari, vous avez créé l’association Point de M.I.R., pouvez-vous nous décrire la mission que vous vous êtes donnée en lançant cette structure et quelles sont les actions que vous avez mises en place/comptez lancer ?

Créer ce « point de mire » traduit la volonté de passer à l’action. J’ai rencontré Céline Zouari à Dauphine et nous nous sommes révélées très complémentaires sur l’idée qu’il y avait quelque chose à faire pour prendre conscience des impacts du numérique. Nous avons donc pris pour ligne directrice le fait de rendre visible l’immatériel.

L’association Point de M.I.R, Maison de l’Informatique Responsable, a donc pour but de montrer au grand public les impacts du numérique. Les entreprises étant, pour certaines, au fait de ces questions-là, nous voulions amener du concret à un public plus large. L’association a donc pour but premier de sensibiliser par l’exemple, nous avons pour cela des mallettes pédagogiques permettant de découvrir le cœur des équipements (ordinateur, tablette, smartphone) :  de quoi sont-ils faits ? par qui sont-ils fabriqués ? à quels endroits de la planète ? dans quelles conditions (sanitaires, sociales, etc.) ?

Point de M.I.R sera aussi la vitrine du numérique responsable permettant au public de découvrir et d’acquérir des équipements reconnus pour leur écoresponsabilité. Cela aussi parce que ce type d’équipements n’est pas nécessairement facile à trouver, nous cherchons donc à les centraliser. Nous avons commencé par penser au Fairphone et puis étendu à d’autres équipements tels que deux types de PC portables et des périphériques. Nous avons aussi découvert que ces fabricants, bien qu’impliqués concrètement dans le Green IT, ne se connaissaient pas les uns les autres, d’où la nécessité de les relier entre eux, Un de nos objectifs est de fédérer les acteurs du numérique responsable.

  1. Pour nos lecteurs, quelle est votre bibliothèque idéale pour s’instruire au Numérique responsable ?

Documentaires :

Livres :

Propos recueillis par Aymeric De Wispelaere