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Retour d’expérience : les datacenters décentralisés récupérateurs de chaleur de Qarnot computing

À l’heure où presque 10% de la consommation électrique mondiale est utilisée par le secteur numérique, les solutions pour le rendre plus efficient ne manquent pas. Toutes ne sont pas aussi originales que celle de Qarnot computing et son système de datacenter décentralisé. Eloïse Emptoz, responsable marketing et stratégie de l’entreprise a bien voulu répondre à nos questions. Eclaircissements sur cette entreprise high-tech française qui chauffe les domiciles avec ses serveurs.

Eloïse Emptoz, Responsable marketing et stratégie de l’entreprise chez Qarnot computing
  1. En quelques mots, présentez-nous Qarnot computing.

Qarnot computing est une entreprise créée en 2010 qui développe des solutions informatiques de récupération de chaleur à destination des bâtiments et des solutions de smart building. Implantée à Montrouge dans les Hauts-de-Seine, cette entreprise française dont l’effectif actuel se compose d’une trentaine de personnes, a pour dirigeants et co-fondateurs Paul Benoit et Miroslav Sviezeny.

  1. Quel est le profil d’entreprises pouvant être intéressées par la puissance de calcul du QH-1, votre radiateur numérique ?

Nous nous adressons à deux types de clients : des entreprises ayant de grands besoins en puissance de calcul informatique, et des professionnels de l’immobilier.

Côté informatique, nous nous adressons principalement à des laboratoires de recherche, des banques et des sociétés de graphisme. Ces différentes industries ont de gros besoins en puissance informatique. À titre d’exemple, le film d’animation « Shrek 1 », sorti en 2001, a requis 5 millions d’heures de calcul. « Shrek 4 », sorti en 2010, a quant à lui nécessité 50 millions d’heures de calcul ! Dans tous les domaines de l’informatique, on construit des modèles plus complexes et plus détaillés. Ces clients nous « louent » des cœurs de calculs, en mode cloud.

Côté immobilier, il s’agit de bâtiments résidentiels et de bureaux. Plus précisément, destinés aux maîtres d’ouvrage ou à leurs prescripteurs pouvant être des architectes, des énergéticiens, des bureaux d’étude, etc. Lorsqu’il s’agit de bâtiments résidentiels, nous travaillons principalement avec des bailleurs sociaux pour des résidences collectives.

Pour ce qui est des entreprises, nous collaborons avec celles souhaitant mettre en place des solutions écologiques dans leurs locaux. En plus de ces deux principaux acteurs, nous sommes également en contact avec des collectivités pour des bâtiments publics.

La personne-type intéressée par notre système, c’est le gérant d’immeuble ayant d’une part la vision d’investissement dans le radiateur numérique tout en ayant la vision opérationnelle dans le bâtiment, afin de rentabiliser au mieux le coût d’acquisition grâce à l’usage des radiateurs numériques. Ces partenaires recherchent des sources innovantes d’approvisionnement en chaleur, dans le cadre d’une stratégie de smart building par exemple.

Ainsi, les calculs de nos clients informatiques sont réalisés à distance par les processeurs embarqués dans les radiateurs-ordinateurs QH-1. En calculant, ces derniers génèrent de la chaleur, qui profite à nos clients immobiliers.

Les deux faces de notre modèle sont autonomes l’une de l’autre. Aujourd’hui, peu de clients se chauffent avec leurs propres calculs en « boucle fermée ». Cela s’explique par la pluralité des acteurs agissant au sein d’une entreprise, car ce ne sont pas les mêmes personnes, budgets, et chaînes de décision qui s’occupent de la rénovation des bâtiments et de la transformation numérique.

  1. La principale caractéristique durable de votre entreprise est la récupération de chaleur. Quels autres atouts écologiques comporte-t-elle ?

Je tiens à insister sur la récupération de chaleur car c’est un sujet qui reste méconnu, bien que l’impact énergétique du numérique soit conséquent. Un article, publié cette année par le CNRS, met en avant une fourchette située entre 6 et 10% de la consommation électrique du numérique au niveau mondial. Parmi cette proportion, 30% du numérique est imputable aux datacenters, 30% aux équipements informatiques et 40% aux infrastructures de réseau (les antennes, les routeurs, etc.). Concernant les datacenters, le refroidissement des serveurs représente une part importante de leur consommation énergétique, et c’est là que Qarnot computing agit afin de les transformer en source de chaleur. Il s’agit du principal atout écologique de ce système : réduire l’empreinte carbone des calculs informatiques de près de 75%.

En matière de conception, nous choisissons des matériaux renouvelables comme le bois pour la partie supérieure et de l’aluminium pour le dissipateur. Les composants électroniques sont des composants standards.

Enfin, à propos de la sécurité des données, il est important de rappeler que nous ne fournissons pas de solutions d’hébergement, ce qui signifie que nous ne stockons pas de données sur le long terme. En effet, nous sommes spécialisés sur le calcul. Notre type d’infrastructure dite « bare metal » est particulièrement adaptée aux besoins des banques, des sociétés de graphisme ou des laboratoires.

Dans la mesure où nous ne sommes ni dans le stockage, ni dans le traitement de données clients comportant des informations personnelles, l’impact du Règlement Général de Protection des Données (RGPD) n’est pas plus important pour nous que pour toute autre entreprise de notre taille.

  1. Cette année, vous avez lancé un second produit, le QC-1, un crypto-radiateur destiné aux particuliers qui mine de la cryptomonnaie. Quelles monnaies sont comprises dans votre périmètre et comment fonctionne le système ?

Le QC-1, le crypto-radiateur de Qarnot computing, a été initié à l’occasion du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas en début d’année. C’est un « cousin » de notre premier radiateur, le QH-1. Niveau design, il est quasiment identique, c’est sur le plan technique qu’il diffère un peu. Au lieu d’être composé de processeurs de traitement informatique (ou Central Processing Unit, CPU en anglais), il comporte des processeurs graphiques (Graphic Processing Unit, GPU en anglais).

Sur le marché, il s’adresse autant à des particuliers qu’à des entreprises. En effet, nous avons fait le choix de vendre ce modèle à l’unité, le rendant accessible à un public plus large. Dans cet appareil, on met à disposition de notre client une solution de minage de crypto-monnaies couplée à un chauffage écologique. Ainsi, chauffer son domicile lui rapporte de l’argent au lieu de lui en coûter !

Le but est de livrer un crypto-radiateur prêt à l’emploi pour qu’il reste accessible au plus grand nombre. C’est pourquoi il est pré-configuré pour miner la crypto-monnaie la plus rentable sur une sélection de trois qui sont l’Ether, le Z-Cash et Monero. Ceci étant, il est tout à fait possible de reconfigurer le radiateur pour qu’il mine d’autres crypto-monnaies, mais des connaissances en développement informatique sont alors nécessaires.

Quant à son usage, le radiateur est pilotable par smartphone grâce à une application mobile permettant de réguler la température. En plus, il comporte une option booster économisant des degrés supplémentaires en minant plus intensément tout en activant une résistance.

Les crypto-monnaies sont un domaine très fluctuant et personne ne peut garantir leur cours. Il y a une part de spéculation. En cas de krach des cours, le retour sur investissement du QC-1 sera donc plus long, car l’argent rétribué grâce au minage serait moindre par rapport à des cours plus élevés.

  1. L’activité de Qarnot computing s’inscrit-elle dans la Smart City?

Oui, tout à fait. La Smart City, c’est la somme des briques « intelligentes » qui transformeront notre environnement urbain. Il s’agit de la nouvelle mobilité, des réseaux énergétiques intelligents (smart grids), et bien sûr, des bâtiments intelligents, les smart buildings. C’est dans ce concept que Qarnot trouve sa place, en tant que système reliant deux besoins pourtant éloignés (les besoins de chauffage et les besoins informatiques) et créant ainsi une synergie au sein d’un même territoire (un quartier, une ville).

  1. Après avoir étendu votre public aux particuliers avec le QC-1, quelles sont les prochaines étapes du développement de Qarnot computing ?

À court terme, des projets importants seront mis en place dans les prochaines semaines. D’un point de vue immobilier, nous déployons un projet de 346 QH-1 à Bordeaux pour le conseil départemental de la Gironde et le bailleur Gironde Habitat, associé avec une solution de pilotage énergétique complète. Nous avons également livré nos 40 premières commandes de crypto-radiateurs dans toute l’Europe et cela continue ! Notre activité informatique n’est pas en reste avec notamment une nouvelle production du studio Autour de Minuit, ainsi que des projets passionnants qui s’annoncent avec nos partenaires dans le secteur de la finance.

Plus largement, nous renforçons notre présence à l’international via un solide partenariat en Finlande après la Chine. Notre équipe est également très engagée sur le développement de nouveaux produits, qui viendront prochainement compléter notre offre à la fois côté immobilier et côté calcul. Tous les indicateurs sont au vert pour Qarnot : la prise de conscience quant à l’urgence d’une informatique plus durable est réelle, et le secteur de l’immobilier est aujourd’hui mûr pour accueillir des solutions radicalement innovantes.

Propos recueillis par Aymeric De Wispelaere

Crédit photo : Qarnot computing