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Retour d’expérience : Qwant, un moteur de recherche français respectueux de la vie privée de ses utilisateurs

Créé en France en 2013, le moteur de recherche Qwant collecte le juste nécessaire des données personnelles de ses utilisateurs et respecte leur vie privée, à l’inverse de Google et Bing. L’équipe EcoGuide IT a eu l’occasion de rencontrer Guillaume Champeau, Directeur Ethique et Relations Publiques de Qwant, il nous en dit plus sur les intentions de cette entreprise « made in France ».

Crédit photo : Guillaume Champeau, Directeur Ethique et Relations Publiques de Qwant
  1. Qwant est un moteur de recherche, tout comme Google ou encore Bing, quelles sont les qualités qui différent concrètement de ces derniers ? Notamment vis-à-vis de Google et du spot publicitaire que vous avez publié sur ses pratiques de collecte de données à des fins commerciales.

Des moteurs de recherche tels que Google, Bing ou encore Baidu collectent beaucoup de données via les requêtes et les historiques de recherche des internautes et ce, à tout instant. En associant ce dernier à un profil, créé par l’utilisateur ou reconstitué grâce à son adresse IP et à d’autres informations collectées notamment par les cookies installés sur les sites, ces entreprises rassemblent un maximum d’informations sur chaque utilisateur individuellement. Par exemple, si l’internaute effectue des recherches pour un pèlerinage religieux ou bien pour un appartement dans un arrondissement au cœur de Paris, les éléments recueillis permettront de déterminer certaines caractéristiques telles que son orientation religieuse et son niveau de revenu.

Le profilage obtenu remplit alors deux fonctions. La première est utilisée pour la publicité ciblée. Grâce aux caractéristiques déterminées, l’affichage des publicités correspond davantage à ces dernières. Par exemple, si l’historique de recherches a permis de définir un niveau de revenu élevé, les publicités pourront proposer des produits plus chers que la moyenne et inversement pour des revenus plus bas.

La deuxième fonction de ce profilage est la détermination du type de résultats préférable de proposer à l’internaute. Si le profilage détermine une sensibilité politique donnée à partir de ses recherches, par exemple de droite, les résultats de requêtes principalement consultés par des personnes de sensibilité de gauche seront omis des résultats proposés à l’internaute, et réciproquement. Or, le risque est d’enfermer les internautes dans une caricature d’eux-mêmes, en ne montrant même plus comment en sortir. Le problème se pose également pour les assistants personnels qui exploitent le même historique de recherches et de requêtes. Par exemple, si l’assistant personnel a prédéterminé que son utilisateur correspond à un profil homosexuel, lorsque ce dernier lui demandera un bar pour sortir en ville, il y a de fortes chances que les résultats s’orientent vers des bars gays, même s’il voulait juste un bar où rencontrer des gens, peu importe leur sexualité. C’est la même chose avec les religions, les préférences politiques ou les centres d’intérêts. Le risque est d’accentuer la séparation des humains en catégories qui ne se rencontrent plus.

La question se pose enfin du pouvoir qu’ont les algorithmes sur nous grâce aux données qu’on leur concède, et également sur les profils que cela leur permet d’établir sur nous. Toutes les informations collectées sont exploitées pour orienter des choix faits à la place de l’utilisateur, qui souvent n’a conscience ni des autres choix qu’il aurait pu faire, ni des données qu’il a fournies par ses recherches et ses réponses. C’est là que notre spot publicitaire intervient avec pour vocation de faire prendre conscience que la collecte de données permet de savoir absolument tout de nous.

C’est sur ces deux fonctions que Qwant diffère des autres moteurs de recherche. Il ne collecte pas d’informations sur l’internaute. Plus clairement, il ne retient rien de ses recherches et de ses habitudes de navigation et ne constitue donc pas de profil permettant de proposer des contenus publicitaires ciblés. Aussi, l’autonomie personnelle est sauvegardée. Le but de Qwant n’est pas de manipuler les résultats selon un profil individuel déterminé mais d’offrir le meilleur résultat objectif possible à la requête de l’internaute, sans préjugés.

  1. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis des moteurs alternatifs tels qu’Ecosia, Lilo ou encore DuckDuckGo, le méta-moteur qui se veut, lui aussi, respectueux de la vie privée de ses utilisateurs ?

Tout d’abord il faut dire que toute recherche d’alternative est bonne, mais il faut avoir conscience des forces et limites de chacune. La première différence est que DuckDuckGo est une société américaine soumise à la réglementation de son pays, notamment au Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA). Cette loi donne le pouvoir à la NSA, la National Security Agency (ou Agence Nationale de Sécurité en français), d’installer des dispositifs de collecte de données chez l’hébergeur d’une entreprise, sans même qu’il ait le droit de prévenir cette dernière. En étant hébergé par Amazon, DuckDuckGo prend donc le risque de ne pas avoir la certitude que les données qu’elle stocke dans les serveurs fournis par Amazon ne font pas l’objet d’une surveillance.

C’est pourquoi Qwant a choisi de créer sa propre infrastructure et héberge ses serveurs, tous installés sur le territoire européen. Nous ne sommes donc pas soumis à la loi américaine et nous avons donc le contrôle de la confidentialité des données stockées.

La deuxième différence est que DuckDuckGo est un méta-moteur proposant des résultats fournis par des moteurs de recherche américains qui renvoient une vue américaine de ce qui est important ou non sur Internet pour un sujet donné. Qwant est un moteur de recherche européen qui développe ses propres index et algorithmes et met donc à disposition des informations reflétant les pensées de la société européenne. Nous sommes le seul véritable moteur de recherche en Europe qui permet d’assurer la souveraineté des résultats.

Quant à Ecosia et Lilo, ces moteurs de recherche sont davantage axés sur le Social Business, cependant cela ne résout pas le problème d’autonomie et de souveraineté car ils dépendent technologiquement des moteurs de recherches américains. Ils n’ont pas la maîtrise de leurs résultats. Aussi, l’utilisation de ces moteurs tiers exige une consommation d’énergie supplémentaire qui peut annuler l’effort effectué par ces derniers. Pour le dire de façon imagée, on ne sait pas combien d’arbres sont coupés pour pouvoir payer de quoi en planter un nouveau.

L’action de Qwant s’attarde donc d’abord sur une démarche de sobriété énergétique et d’approvisionnement en énergies renouvelables. Courant 2018, nous souhaitons un apport à 100% en énergies renouvelables dans l’approvisionnement de nos serveurs, c’est un objectif que nous nous sommes fixés. Aussi, le moteur de recherche promeut certaines associations lors de leurs appels aux dons, cela ayant pour but d’accroître leur visibilité via la page d’accueil de Qwant, sans pour autant prendre de commissions sur les dons récoltés.

  1. Le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) est applicable à partir du 25 mai prochain, son entrée en vigueur a abouti à la création d’une nouvelle fonction, le Data Protection Officer (DPO) qui remplacera le Correspondant Informatique et Libertés (CIL), où en est Qwant dans la conformité à ce règlement ? Avez-vous un DPO ?

Qwant est en quelque sorte conforme aux articles du RPGD depuis sa création en 2013. Cette conformité fait partie de la philosophie de l’entreprise vu que nous ne collectons pas de données hormis dans le cadre de la création de comptes utilisateurs. D’après nous, l’article 25 du règlement est d’une importance capitale. Il s’agit du principe de Privacy-by-design et de Privacy-by-default, soit le fait de réfléchir en amont à un service dont un minimum de données des utilisateurs sera nécessaire pour assurer son bon fonctionnement. Le but est de limiter l’impact sur l’utilisateur du traitement de ses données qui sera effectué lorsqu’il utilisera ledit produit. Chez Qwant, les ingénieurs et les designers travaillent main dans la main pour intégrer en amont cette limitation de la collecte.

Concernant la fonction de DPO, elle ne sera existante qu’à partir du 25 mai prochain. À l’heure actuelle, c’est le Correspondant Informatiques et Libertés (CIL) qui œuvre au sein des entreprises pour ce type de fonctions. C’est une avocate spécialisée qui est investie de cette mission chez Qwant.

  1. Où en est votre partenariat lancé en juin dernier avec la startup Fairphone et son smartphone éponyme ? Chacun des smartphones est-il maintenant vendu avec l’application Qwant pré-installée ?

L’idée est effectivement de faciliter l’installation du moteur de recherche Qwant dans les Fairphone 2, voire de l’installer par défaut. Nous adhérons aux valeurs de l’entreprise Fairphone, ses engagements durables dans les dimensions matérielles et logicielles, notamment sur l’approvisionnement en minerais et la réparabilité du téléphone, répondent à de véritables enjeux. Il nous paraissait évident de s’allier avec elle.

Cela dit, le système d’exploitation Android retarde cette intention car il est assez fermé à la mise en place d’une installation automatique, nous cherchons actuellement la meilleure solution pour y remédier. En tout cas l’idée de ce partenariat est bien de fournir un Fairphone avec Qwant préinstallé.

  1. Qwant Junior est une version de votre moteur de recherche à l’usage des enfants, quelles sont les caractéristiques qui vous permettent de dire qu’il est destiné à ce public ? Qu’est-ce qui a motivé l’entreprise à le créer ?

Ce sont les attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015, qui ont déclenché le projet Qwant Junior. Nous étions plusieurs au sein de l’entreprise à entendre des parents raconter que leurs enfants avaient été exposés à des images explicites en lien avec les attentats alors qu’ils effectuaient des recherches sur Internet avec un filtrage parental par défaut. L’intention était donc de créer un moteur de recherche interdisant l’accès à des contenus choquants aux 6-12 ans, le public visé par Qwant Junior.

Contrairement au Qwant standard, pour la version Junior nous avons pris le parti de censurer des contenus inadaptés, par exemple les contenus violents, pornographiques et en lien avec la drogue. L’accent est mis sur la pédagogie sans pour autant perdre les enfants dans des résultats trop experts. Les résultats de recherche se veulent accessibles à ce public. Par exemple, si un enfant souhaite effectuer une recherche sur l’extinction des dinosaures, il ne tombera pas sur des articles universitaires ou sur la page Wikipedia relative au sujet, mais davantage sur des sites pédagogiques, tel que Vikidia, qui apporteront une solution à ses questions tout en restant accessible à son niveau. Bien entendu, cela se fait toujours sans collecte de données et encore moins avec de la publicité.

La discrimination de certains sites au profit d’autres est un processus toujours en amélioration pour Qwant Junior, nous admettons ne pas être parfait sur ce point. Nous sommes d’ailleurs ouverts au retour des utilisateurs, à ce propos l’Education Nationale nous fait un retour sur l’usage qu’elle fait de Qwant Junior, ce qui nous permet de nous perfectionner. En cas de doutes sur certains sujets, nous appliquons le principe de précaution en censurant le contenu litigieux.

Propos recueillis par Aymeric De Wispelaere

Crédit photo : https://cd74.fr