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Retour d’expérience : Réconciliez l’électronique et l’environnement avec Loweee

Loweee est une association visant à favoriser le développement d’équipements électroniques écoconçus. Partant du constat que l’impact de l’IT va grandissant, la structure cherche à sensibiliser les acteurs, qu’ils soient industriels ou bien startups naissantes, à ses enjeux environnementaux et sociaux. L’équipe EcoGuide a rencontré Victor Liautaud, ingénieur de formation et fondateur de l’association Loweee. Voici son témoignage.

  1. Comment est née l’association Loweee ?

L’association Loweee a été fondée en août 2016. Au début de cette même année, en janvier 2016, je travaillais au sein d’une startup en domotique et à cette occasion, je me suis rendu au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas. Là-bas, le choc a été soudain, en effet, j’ai pris conscience qu’il existait une multitude de startups comme la nôtre. Chacune avec son objet connecté cherchait à connaître la croissance et lancer avec succès son produit sur le marché. De là est née la prise de conscience des impacts environnementaux et sociaux qu’un tel volume d’équipements mis sur le marché pouvait induire.

L’association Loweee a donc vu le jour avec la vocation de permettre aux start-ups d’intégrer l’écoconception à leurs processus. Elle a également pour volonté de faire interagir entre eux les acteurs en rapport avec les Équipements Électriques et Électroniques (EEE), et favoriser ainsi le partage d’expérience sur les thématiques du Numérique responsable.

Dès juin 2016, les premiers partenariats avec des écoles d’ingénieurs ont été créés en vue de sensibiliser les prochaines générations. Au sein de l’ECE Paris et l’ENSE3, des projets ont été mis en place afin de challenger les étudiants sur le développement d’objets connectés écoconçus. Le premier est une balise anti-braconnage permettant de lutter contre le trafic de cornes de rhinocéros et le second, un gilet de sauvetage connecté. Dans les deux cas, le prototype devait être autonome énergétiquement.

Grâce à l’avancée de leurs travaux, nous avons pu ressortir trois grands principes qui constituaient la réponse de Loweee au développement d’objets connectés écoconçus :

  • Simplicité en réduisant le nombre de matériaux différents dans le produit ;
  • Durabilité avec un produit le plus durable possible en termes de durée de vie sur le long terme, mais aussi en termes de sobriété énergétique et donc d’autonomie ;
  • Modularité en instaurant une résilience en cas de panne et une adaptabilité aux évolutions technologiques, par exemple concernant les évolutions de réseau et la capacité d’adaptation de l’équipement si l’initial venait à disparaître.

En plus de ces partenariats, Loweee a initié un comité de pilotage avec des industriels en lien avec l’écoconception et le Développement Durable, tels que Schneider-Electric ou Alstom, avec des consultants en Développement Durable, des syndicats de professionnels ou encore des recycleurs. Le but du comité de pilotage est d’être catalyseur d’idées sur l’écoconception des EEE afin de faire échanger entre eux des acteurs du secteur, permettant ainsi de véhiculer les bonnes pratiques à mettre en œuvre. Cela a d’ailleurs abouti à la première LoweeeDay, en janvier 2017, chez Envie 2e Nord, où des acteurs divers tels que les écoles d’ingénieur précitées, le cluster Cap’Tronic, l’association HOP ou le recycleur Ecologic, entre autres, ont travaillé ensemble sur les thématiques de l’écoconception et de l’économie circulaire des EEE. Cet événement nous a incité par la suite à organiser des matinées pour que des acteurs du secteur puissent se rencontrer et échanger entre eux sur un thème donné relatif à ce type d’équipements.

  1. Quels types d’Équipements Électriques et Électroniques sont compris dans votre périmètre d’action ?

Les objets connectés sont le point d’entrée en raison de mon expérience dans le domaine. Ceci dit, pour fédérer les acteurs autour des sujets communs relatifs à l’écoconception des EEE, l’extension du périmètre à l’ensemble des équipements électriques et électroniques (IT, électroménager, électronique grand public, smartphone,) était nécessaire. À titre d’exemple, à l’occasion de la mise à jour de la plateforme eco3e.eu, Loweee a fait la promotion de cette plateforme d’éco-conception vu par les éco-organismes à destination d’équipements divers tels que les téléphones portables, les luminaires ou les meubles froids.

La sensibilisation des acteurs est ainsi importante, tant pour les particuliers que les professionnels. Pour ces derniers, il est primordial de les informer de ce qui est proposé en termes d’écoconception et d’affichage environnemental. La communication est vitale et toutes les structures concernées ne font pas nécessairement ce travail de recherche pourtant utile pour des publics intéressés.

  1. Quels sont les avantages pour une entreprise de suivre des principes d’écoconception de ses EEE ? Sentez-vous un engouement des entreprises sur le sujet ?

La problématique environnementale a été prise en compte dès la décennie 1990 par des industriels qui cherchaient avant tout à se différencier de la concurrence. La création du logiciel d’Analyse du Cycle de Vie (ACV), EIME, par CODDE racheté par Bureau Veritas est d’ailleurs issue de cette dynamique.

Outre la différenciation, les consommateurs semblent aussi de plus en concernés par les enjeux environnementaux et sociaux des produits qu’ils achètent. Les sujets d’extraction de matières premières ou de droit des travailleurs ne leurs sont plus totalement inconnus. Il y a donc également une attente du marché quant à l’intégration par les entreprises de principes d’écoconception. Cependant, cela n’empêche pas certaines de faire preuve de greenwashing avec une focalisation sur des aspects peu liés aux réels impacts de leurs produits.

Dans le cas de celles lancées dans une démarche d’écoconception, il semblerait qu’elles soient 96% à constater un effet neutre voire positif en termes de rentabilité. Concernant la marge de bénéfice, celles des entreprises commercialisant des produits écoconçus est en moyenne 12% supérieure à celle commercialisant des produits conventionnels. Si elle n’est pas neutre, l’écoconception se montre donc profitable économiquement pour l’entreprise !

Enfin, en termes de cohésion des collaborateurs, l’effet n’est que positif à une époque où toute une génération cherche un sens aux métiers qu’elle exerce. Intégrer des aspects responsables instille également un sentiment de fierté qui impacte positivement la relation client, qui en ressort plus stable.

  1. L’association a mis en place un Energy Harvesting Lab, en quoi consiste-t-il ?

L’Energy Harvesting Lab est la première action qui a accompagné le lancement de l’association, cela en raison du fait que la consommation énergétique des EEE constitue le principal impact à l’utilisation. Le but est de développer des objets connectés qui soient autonomes énergétiquement. Pour ce faire, des principes d’écoconception sont à respecter afin d’identifier la quantité d’énergie nécessaire aux fonctions du système. À l’heure actuelle, nous produisons à distance l’énergie pour ensuite la stocker dans des batteries. Ce système de production centralisée est assez obsolète face au développement d’objets connectés aux utilisations diverses et variées.

Décentraliser la production énergétique est pourtant accessible. Il existe de nombreux procédés, solaires, cinétiques ou encore piézoélectriques qui peuvent rendre autonome un objet connecté en lui permettant de produire sa propre énergie. Les projets étudiants que chapeautent Loweee s’attardent justement sur cet aspect au sein de l’Energy Haresting Lab. En effet, le but n’est pas de rattraper les rhinocéros équipés de balise pour recharger chaque mois les batteries de cette dernière !

  1. Pensez-vous qu’une dynamique durable s’installe chez les entreprises dont l’activité est en lien avec le cycle de vie des EEE ? Avez-vous exemples à citer ?

Aujourd’hui, une tendance de fond au sein des entreprises consiste à mieux prendre en compte les intérêts des parties prenantes, grâce à différents outils que sont les rapports extra financiers ou le Coût Total de Possession (TCO ou Total Cost of Ownership). Il reste toutefois beaucoup d’entreprises pour lesquelles la rentabilité à court-terme constitue la principale motivation stratégique. Cependant, le phénomène de globalisation de l’information pousse les entreprises à faire preuve de transparence et à intégrer leurs parties prenantes dans leur processus de décision. Cela en réponse à une attente forte du marché qui met en péril l’avenir des entreprises ne prenant pas en compte leurs externalités. On assiste d’ailleurs à une arrivée des Directeurs Développement Durable au sein des organes de décision des entreprises. Le CAC40 compte à peu près 25 entreprises pour lesquelles c’est le cas, qu’adviendra-t-il des 15 autres d’ici quelques années ? Le temps nous le dira.

Pour citer quelques exemples, Fairphone reste un pionnier dans le secteur de l’high-tech. En effet, la démarche de l’entreprise fait bouger les lignes en travaillant sur la modularité et ses impacts sociaux et environnementaux. À une échelle plus locale, Natéosanté, une entreprise française spécialisée dans les purificateurs d’air pour le grand public et les industriels, s’est lancée dans une fabrication française et une démarche d’écoconception pour certains de ses produits.

Sur de nombreux aspects, l’association Loweee permet de fédérer des acteurs autour d’un projet commun qu’est l’écoconception des EEE. Les enjeux qu’induisent les objets connectés sont nombreux et considérables en raison du nombre d’unités mises sur le marché. C’est d’ailleurs sur ce constat de départ que se base les différentes actions de l’association. Devant ces actions plus qu’utiles à notre société, nous souhaitons à Loweee de continuer à faciliter l’interaction entre acteurs concernés par ces questions de durabilité de nos chers Équipements Électriques et Électroniques !