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Sommes-nous à la merci des GAFAM ?

En l’espace de deux décennies, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, les GAFAM, sont passés du rang de startups ou d’entreprises à bout de souffle, à celui de géants incontournables du Web. Rares sont les professionnels ou les particuliers qui ne font pas appel à leurs services et ce, à travers le monde. Cependant, l’hégémonie de ces entreprises privées est critiquée, et parfois même par d’anciens employés ! L’EcoGuide IT s’est penché sur le sujet.

Petit bilan de la situation

Les entreprises du Web se comptent par dizaines mais ne peuvent rivaliser sérieusement face aux GAFAM qui occupent le premier rang du high-tech et étendent leurs activités bien au-delà des frontières des Etats-Unis, leur pays d’origine. La preuve en est, une entreprise jeune telle que Google fêtera ses 20 ans cette année, et représente presque 800 milliards de dollars de capitalisation boursière (au 20 janvier 2018). Tandis que Microsoft, en 2017, est parvenue à atteindre la place de leader du Cloud, devant sa rivale Amazon.

Les capitalisations boursières des GAFAM représentent au total plus de 2947 milliards de dollars en 2017, soit plus que le Produit Intérieur Brut (PIB) du Royaume-Uni, la 5e puissance mondiale et ses 2618 milliards de dollars. Pour rappel, la France occupe la 6e place mondiale. Le Monde

Quelle marge de manœuvre laisser aux GAFAM ?

Alors qu’aux Etats-Unis, Amazon est en passe de devenir la centrale d’achats du gouvernement américain, Franck Pasquale, professeur de Droit à l’Université du Maryland a récemment publié un article dans lequel il analyse la place des GAFAM, notamment Amazon, dans nos démocraties et la mutation qu’ils induisent. Le professeur explique ainsi la mutation du modèle démocratique traditionnel, dans lequel l’Etat est à l’origine des réglementations par un autre où les entreprises privées se substituent à lui et dont leurs usagers se conforment à leurs règles d’utilisation plutôt qu’à une loi. C’est le passage d’une démocratie territoriale à une démocratie fonctionnelle. Pour illustrer son propos, Franck Pasquale donne l’exemple d’Airbnb et du marché de la location. La startup est capable d’utiliser des méthodes basées sur ses données pour réguler l’offre locative de chambres et de logements dans les villes. Le plan d’investissement de Facebook dans son laboratoire français dédié à l’Intelligence Artificielle en est une autre illustration.

Une remise en question de leur hégémonie

De nos jours, il devient difficile pour une entreprise de ne pas s’orienter vers un des GAFAM pour en devenir le client ou le fournisseur. Mais, l’emprise de ces géants n’est pas légitime pour autant, notamment lorsqu’elle touche aux fonctions régaliennes d’Etats ou de sujets tels que l’éducation. En France, de vives protestations avaient suivi l’annonce du partenariat entre l’Education nationale et Microsoft au lancement du Plan Numérique pour l’Education, qui favorise une entreprise privée américaine alors que des alternatives européennes existent. Sur la même lignée, la création de versions destinées aux enfants de certains services de Google (YouTube Kids) et Facebook (Messenger Kids pour les 6-12 ans) soulève la question de l’intention de ces entreprises. En effet, sous couvert d’outils adaptés à leur âge, ne s’agirait-il pas d’une captation de futurs usagers et d’une nouvelle source de revenus ? YouTube Kids et son contrat publicitaire à plusieurs dizaines de millions de dollars avec Mattel, le géant du jouet, illustre cette problématique.

Crédit photo : Les Numériques

Les « repentis » des GAFAM sortent de l’ombre

Depuis quelques mois, une vague de « repentis », c’est-à-dire d’anciens employés des GAFAM, dont Justin Rosenstein, le créateur du bouton « J’aime » de Facebook, ou encore Tristan Harris, ancien « philosophe produit » chez Google, racontent leur participation à l’essor des GAFAM et à l’élaboration de leurs méthodes douteuses pour se rendre indispensables. Tristan Harris définit même son ancien poste comme « designer d’interfaces qui exploitent la vulnérabilité psychologique des utilisateurs afin d’attirer leur attention ». Désormais, ces ingénieurs souhaitent promouvoir une technologie plus humaine, à l’inverse des comportements provoqués par l’utilisation de certains services des GAFAM, tels que  le Fear Of Missing Out (FOMO). Par ailleurs, notons que Steve Jobs lui-même interdisait l’utilisation de l’iPad à ses enfants !

Comme le suggérait Novethic début février, allons-nous assister à l’élection prochaine de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, comme Président des Etats-Unis ? La question peut prêter à sourire, mais le rôle grandissant des GAFAM fait réfléchir. Après tout, pour l’installation du 2e siège social d’Amazon, Jeff Bezos, le fondateur de l’entreprise, s’est vu proposer de devenir le maire d’un terrain de 345 acres à Stonecrest dans l’Etat américain de Géorgie.

Au-delà des frontières américaines, la place occupée par les GAFAM dans nos économies appelle à une vigilance des pays qui ont, d’un point de vue réglementaire, à s’adapter aux nouveaux modèles économiques amenés par ces entreprises. Cela, dans l’intérêt des nombreuses alternatives qui existent à ces GAFAM et qui laisseraient un réel choix aux usagers du Web !

Aymeric De Wispelaere