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Système DEEE : un recyclage s’impose ?

À l’heure actuelle seule une faible partie des DEEE est recyclée, principalement car les individus se préoccupent encore trop peu de la question. Associée à ce phénomène, une autre problématique s’ajoute, celle de l’existence d’une économie parallèle du recyclage des DEEE. En effet, le trafic des DEEE est un marché florissant. Un constat environnemental, économique et sanitaire inquiétant auquel le consortium d’expert du projet Countering WEEE Illegal Trade (CWIT) apporte des recommandations.

Les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) représentent un enjeu environnemental important pour le secteur IT. Néanmoins, dans les faits, le constat est tout autre lorsque l’on voit les chiffres. En effet, entre 60% et 90% des déchets électroniques sortent des radars et partent dans des circuits illégaux !

Une partie de ces chiffres s’expliquent en raison du nombre important et croissant de DEEE introduits sur le marché chaque année : plus 41 millions de tonnes de DEEE dans le monde en 2014, les prévisions dépassant les 50 millions de tonnes d’ici 2018. Il est vrai qu’entre les équipements informatiques « classiques » tels que la tablette, l’ordinateur portable, le smartphone et les objets connectés en croissance exponentielle, il devient important d’organiser les filières afin de gérer l’ensemble des déchets produits.

Plusieurs problématiques s’imposent, cependant. D’une part, les classifications DEEE, différentes d’un pays à un autre selon les législations internationales, augmentent les difficultés concernant l’organisation du traitement.

D’autre part, si ces déchets sont peu recyclés, cela est notamment lié à un manque d’information et de sensibilisation des consommateurs. Ces derniers recyclant finalement peu leurs appareils ménagers qui selon l’Université des Nations Unies (UNU) représentent pourtant près de 60% des e-déchets.

OMD

Crédit photo : http://www.wcoomd.org/

Le marché de contrebande des DEEE est donc relativement lucratif pour ceux qui l’organisent. Les DEEE sont en effet composés de matériaux précieux tels que l’or, l’argent, le fer ou encore le cuivre, des ressources souvent disponibles en quantités limitées, rendant leur récupération et leur revente très lucratives.

Afin d’y pallier, la Commission Européenne via le projet Countering WEEE Illegal Trade (CWIT) lancé en 2013, propose aujourd’hui des recommandations afin de lutter contre la contrebande de DEEE.

Les recommandations du consortium d’experts s’articulent en 4 grands volets :

  1. « Collecter d’avantage, éviter les fuites et suivre les performances »

Pour cela, les experts préconisent une sensibilisation plus large des consommateurs dans un premier temps, grâce notamment à des campagnes de sensibilisation. Une FAQ est récemment sortie sur le sujet et apporte des réponses aux questions essentielles pour les consommateurs, à savoir : que recycler, pourquoi recycler et comment sont recyclés les DEEE.

Dans un second temps afin d’encourager les consommateurs au recyclage, il est important de faciliter la collecte des DEEE en proposant, par exemple, des points de collectes plus nombreux, mais aussi en augmentant la sécurité de ces derniers. Ensuite, autre recommandation du projet CWIT, il s’agit de garantir une meilleure prise en compte des volumes traités et d’offrir un meilleur traitement de l’information, afin de disposer de données quantitatives fiables pour calculer les progrès réalisés. Enfin, l’implication de tous les acteurs européens est nécessaire pour disposer d’informations sûres, le rapport suggère ainsi d’obliger les acteurs à établir un rapport sur leur collecte de DEEE.

  1. « Commerce, traitement des déchets et incitation »

Il s’agit pour les experts, d’améliorer les processus de traitement des déchets, en optimisant leur prise en charge ainsi que leur réutilisation, en créant par exemple, des centres de remises en état agréés. Ensuite, une fois les processus améliorés, il est important de renforcer les inspections au sein des douanes afin de décourager les trafiquants des DEEE.

  1. « Création et application d’un cadre juridique solide et uniforme »

Au sein de l’Union Européenne, la législation en matière de recyclage des DEEE varie, le flou réglementaire favorisant l’action des organisations de contrebandes. L’avis est donc qu’il est du rôle des Etats de créer une codification unique des DEEE, d’harmoniser les réglementations et de proposer des sanctions plus lourdes afin de décourager ces pratiques.

  1. « Bonnes pratiques dans la lutte contre la fraude et dans les poursuites judiciaires »

Dans le même sens que le premier volet, la clé est de parvenir à publier une information claire autant au niveau national qu’international en créant un système de gestion des données permettant l’optimisation du réseau international de collecte des DEEE. Pour y parvenir les experts recommandent également des investissements financiers plus importants.

L’ensemble de ces recommandations offre donc une ligne directrice claire afin de lutter contre le trafic de DEEE. Afin de faciliter la tâche, une feuille de route (ci-dessous) met en avant la relation entre toutes ces étapes et l’importance d’une cohérence des acteurs.

feuille de route

Crédit photo : http://www.wcoomd.org/~/media/WCO/Public/FR/PDF/Media/WCO%20News%20Magazines/OMD_Actu_79_2.ashx?db=web

Sur le sujet des acteurs, il ne faut néanmoins pas oublier les entreprises IT. En tant que fabricant d’Équipement Électronique et Électrique, leur rôle n’est pas négligeable bien qu’encore trop souvent méconnu de ces derniers. Un constat étonnant lorsque l’on voit les économies qui peuvent être réalisées. Par exemple, la marque Apple a récupéré une tonne d’or grâce à son programme de reprise et de recyclage de ses équipements IT. Ainsi, l’intérêt des entreprises à récupérer et traiter leurs déchets électroniques est double, d’une part ils réduisent leurs impacts environnementaux et d’autre part cela représente un avantage économique significatif.

Le recyclage est l’étape finale permettant la création d’une économie circulaire où rien ne se perd et tout se transforme ! Sur l’aspect environnemental, le recyclage permet entre autres de réduire les risques d’épuisement des ressources, un enjeu qui nous concerne tous, consommateur, fabricant ou industriel. Les préconisations de la Commission Européenne sont donc plus que bienvenues pour réorganiser cette filière aux enjeux d’aujourd’hui et de demain !

Crédit photo : BFM business