• #GreenIT
  • #numeriqueresponsable

The Shift Project : le think tank français pour la sobriété numérique

Début octobre est paru le rapport du think tank The Shift Project, un groupe de travail dirigé par Hugues Ferreboeuf qui réunit 14 experts du numérique étudiant les synergies entre transition énergétique et transition numérique. L’objectif ? Maximiser l’impact positif du numérique, identifié comme un levier de décarbonisation majeur pour l’environnement.
L’étude approfondie des impacts et des recommandations pour tous les acteurs sociétaux (les collectivités locales, les instances réglementaires, etc..) permet de proposer des solutions aux constats inquiétants mis en relief par cette publication. Synthèse.

Le mythe du digital durable démenti

Considérée comme la solution pour réduire les impacts environnementaux et sociaux de nos activités, la digitalisation favoriserait la transition écologique. Une alternative au papier pour sauver nos forêts ? Rien n’est moins sûr.
Les conclusions du rapport démantèlent cette idée en plusieurs points :  
la surconsommation numérique n’est pas soutenable. L’empreinte énergétique du secteur numérique croît de 9% par an pour répondre à la demande énergétique et matérielle ;
– la consommation des terminaux est polarisée, donc inégale. Un citoyen américain possède en moyenne 10 périphériques connectés et consomme 140 Giga octets (Go) de données par mois, lorsqu’un citoyen indien possède un périphérique et consomme 2 Go de données par mois ;
– le parc de terminaux est en forte croissance, notamment les smartphones. Leur nombre est en hausse constante de 11% par an. Selon le rapport, en 2013, le monde en comptait 1,7 milliard en circulation, en 2020, il en est attendu 5,8 milliards ;
– le principal obstacle pour mesurer l’impact du numérique sur l’environnement réside dans l’absence de transparence. Les données sont complexes à vérifier, ou n’existent pas ; et la traçabilité des composants des équipements est labyrinthique.

La surconsommation se concentre dans les pays occidentaux. L’utilisation d’équipements numériques représente 55% de leur impact énergétique. Reste les 45% attachés à la production, dont les principaux pôles de fabrication se trouvent en Afrique, en Chine et en Amérique du Sud. L’extraction des minerais énergivore et polluante sert la surconsommation numérique des utilisateurs occidentaux. Pour renverser la tendance, les leviers d’actions sont multiples.

Crédit photo : Twitter

Des détails qui font la différence

Les solutions pour réduire l’impact du numérique sur l’environnement et la société relèvent majoritairement du bon sens citoyen, entrepreneurial et étatique. Pour la phase de production, l’usager, particulier ou entreprise, n’a pas un pouvoir d’influence fort. Notamment car la transparence et la traçabilité des composants sont souvent peu fiables. L’entreprise peut mettre en place des politiques d’achats responsables de ses équipements informatiques ; les particuliers prêter attention aux enjeux environnementaux et sociaux lors de leurs achats.
Des outils tels que l’EcoGuide IT permettent de comparer les équipements IT gratuitement en ligne, et son livre blanc « Comment acheter son high-tech durable ? » donne des conseils d’achats IT sous le signe du numérique responsable, afin d’être guidé dans la mise en place d’une telle stratégie.

Cela étant, les leviers de changements majeurs s’attachent à l’usage du numérique. Acheter des équipements responsables est une chose, en acquérir moins et allonger leur durée de vie a plus de poids sur la balance. Chacun peut faire sa part à son échelle, ne serait-ce qu’en réduisant les usages superflus des terminaux. Est-il nécessaire de consulter ses mails toutes les 10 minutes ? A-t-on vraiment besoin d’envoyer des GIF pour exprimer toutes nos humeurs ? Commencer par observer son rapport au numérique fait la différence, ou du moins questionne sur la place (peut-être trop grande) qu’il prend dans notre vie.

La sobriété numérique comme principe d’action s’étend aux entreprises et structures publiques. Informer et éveiller les collaborateurs aux enjeux et impacts du numérique via les départements DSI ou RSE de l’entreprise, ou encore à travers des formations au numérique responsable est un premier pas. La mise en place de nouvelles politiques IT en interne en est un second aux résultats probants.

Selon les experts du think tank, allonger la durée de vie des PC portables de 3 à 5 ans réduirait de 37 % les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) du parc par an. Étendre d’un an la durée de vie des smartphones entraînerait une réduction de 26% de leurs émissions. Enfin, passer à 50% des échanges de documents via les plateformes synchronisées abaisserait de 40% les émissions précitées. Réfléchir avant d’agir en menant des bilans carbones des projets numériques en amont de leur déploiement, permettra de prioriser ceux ayant des finalités de développement d’économie locale, sociale et/ou culturelle ; ou simplement de mesurer l’impact du projet et repenser son architecture pour l’optimiser.

Bien que l’impact du numérique soit préoccupant et en croissance, le rapport délivré par The Shift Project indique qu’il peut être maitrisé grâce à des usages durables et des politiques de sensibilisation au sein de l’entreprise. Au travail !

Crédit photo : watts green

Juliette Bernier

Crédit photo image de couverture : Comarketing news